Le sous-marin argentin reste introuvable : sa vétusté mise en cause

Onze jours après sa disparition, le sous-marin militaire argentin San Juan avec ses 44 membres d’équipage restait ce dimanche 26 novembre introuvable malgré la mise en oeuvre de très importants moyens pour les recherches. Depuis plus d’une semaine, des avions américains, britanniques et argentins sillonnent l’Atlantique sud. Les Russes vont compléter le dispositif dans les prochaines heures. Treize pays au total participent aux recherches.

Des efforts colossaux qui ne suffiront pas à apaiser la colère des familles des disparus, qui questionnent la vétusté du sous-marin, gisant probablement au fond de l’Atlantique depuis son explosion. Car si officiellement la Marine argentine n’a pas encore annoncé qu’il n’y avait pas de survivants, les proches des sous-mariniers ont néanmoins compris le message.

Une députée de la majorité présidentielle a d’ailleurs mis les pieds dans le plat. Elisa Carrio, connue en Argentine pour son franc-parler, a lancé : 

« Le président et le gouvernement ne peuvent pas le dire, car il n’y a pas de preuve formelle. C’est un événement irréversible, ils sont tous morts. »

« Il n’y a pas d’antécédent »

« Il n’y a pas d’antécédent dans l’histoire d’un déploiement de cette ampleur. Les Etats-Unis et la Russie sont les pays les plus développés dans le domaine, héritage de la Guerre froide », fait remarquer l’ingénieur naval Horacio Tettamanti, un des principaux experts argentins.

D’abord une zone de 500.000 km2, presque de la taille de la France, largement réduite après l’information d’une explosion dans le périmètre d’action du sous-marin, autour de la position estimée de l’explosion, à 400 km des côtes argentines.

A cet endroit les fonds océaniques vont de 300 à 1.000 mètres.

La Marine a perdu tout contact avec le San Juan alors qu’il avait mis le cap vers la base navale de Mar del Plata, son port d’attache.

Après un exercice militaire au sud du continent américain, il naviguait vers sa base tout en assurant une mission de surveillance de la zone de pêche de l’Argentine.

« Nous écartons l’idée que le sous-marin soit à la surface, du fait de l’ampleur du dispositif » déployé pour tenter de le détecter, a dit le porte-parole de la Marine argentine, Enrique Balbi. « Nous sommes focalisés sur la détection du sous-marin. Nous n’avons pas d’indice, malgré tous les efforts », a-t-il ensuite regretté.

« Je ne sais pas ce que dit le protocole international, mais il faut chercher le sous-marin le temps nécessaire. Je suis convaincu qu’il va apparaître rapidement, dans les prochains jours », estime Horacio Tettamanti.

Un sous-marin vétuste ?

Le président argentin Mauricio Macri a exigé ce vendredi « une enquête sérieuse, approfondie, qui permette d’avoir des certitudes » sur le sort du San Juan et d’élucider l’explosion. Mais pour certains, le coupable est déjà tout trouvé.

Maria Rosa Belcastro, la mère du lieutenant Fernando Villarreal qui venait d’apprendre l’explosion du sous-marin jeudi 24 novembre, s’était alors emportée : 

« Je veux dire à l’amiral Marcelo Srur (le chef de la Marine argentine) que c’est un incapable, et au président (argentin Mauricio Macri) qu’il mette de l’ordre. »

Comme elle, d’autres familles accusent la marine et le gouvernement d’avoir fermé les yeux sur la vétusté du sous-marin, fabriqué en Allemagne et acheté en 1985 par l’Argentine. Une première réparation avait été nécessaire en 2011, avant que le submersible puisse reprendre son activité en 2014. Et selon la marine argentine, l’engin avait signalé un problème de batterie avant sa dernière communication. Un signalement qui n’avait alors pas justifié le déclenchement d’une procédure d’urgence…

A ces critiques qui fusent sur l’état du sous-marin, la Marine répond qu' »aucune unité n’appareillait si elle n’était pas en capacité de naviguer en toute sécurité ».

Vendredi, la presse argentine annonçait que le gouvernement préparait une purge au sein de la Marine, afin de sanctionner des dysfonctionnements, avançant que le ministre de la Défense n’avait été informé qu’avec cinq jours de retard d’une avarie dans les batteries à bord du sous-marin.

Trois miraculés 

Au milieu de la tragédie qui affecte leurs compagnons, trois sous-mariniers ont miraculeusement échappé à la mort.

Humberto Vilte a eu la vie sauve grâce à sa mère, malade. Pour se rendre à son chevet, dans la province de Jujuy, dans le nord de l’Argentine, il a obtenu une permission. Après la première partie de la mission, il a quitté le San Juan à Ushuaïa.

Un technicien en communication a dû descendre du San Juan à Ushuaïa pour se rendre au Pérou pour une mission de travail.

Un troisième, Adrian Rothlisberger, a été exempté de mission sur le San Juan alors qu’il s’apprêtait à embarquer, car il devait finaliser l’achat de sa maison, procédure généralement longue et compliquée en Argentine.

« Nous pourrions nous réjouir, car c’est un miracle, mais nous nous mettons à la place des autres familles, nous savons qu’il aurait pu être un des 44 », a confié la mère d’Adrian Rothlisberger, Sandra Álvarez.

B.K.

L'Obs

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