Le viol, une culture à bannir

Marthe Wandou, Prix Nobel alternatif 2021, revient sur les affres du viol et sur les moyens de renforcer la lutte contre l’impunité, en sensibilisant aussi les hommes et les garçons.

Marthe Wandou accompagne notamment des femmes et jeunes filles victimes de violences sexuelles

Un viol, c’est le fait de contraindre une personne à un acte sexuel. Des affaires tragiques de viols font la une de l’actualité dans plusieurs pays d’Afrique francophone en ce moment, comme la Guinée, le Sénégal, la RDC ou la Côte d’Ivoire.

Ce type d’agression a longtemps été banalisé mais petit à petit, les choses changent. De plus en plus d’organisations viennent non seulement en aide aux victimes, mais militent aussi pour mettre fin à l’impunité, mettre fin à ce qu’on appelle « la culture du viol » qui prévaut dans certaines sociétés.

fait partie de ces organisations. Elle a été fondée il y a une trentaine d’années dans le nord du Cameroun par Marthe Wandou, la lauréate 2021 du Prix Nobel alternatif. Je l’ai jointe pour qu’elle nous explique d’abord quelles blessures psychologiques un viol peut induire, au-delà des blessures physiques, plus rapidement décelables et parfois plus faciles à guérir.

Marthe Wandou a l’habitude d’accompagner les victimes de violences sexuelles, notamment celles commises par Boko Haram, dans la région du Lac Tchad, elle parle donc d’expérience. Écouter l’audio en cliquant sur le lien ci-dessous:

https://www.dw.com/fr/marthe-wandou-lutter-contre-le-viol/a-59911186

‘Il faut développer des relations saines entre garçons et filles’, Marthe Wandou – MP3-Stereo

Retranscription de l’entretien

Marthe Wandou : Les premiers signes de traumatisme qu’on peut constater, c’est l’angoisse et la peur. La personne victime d’un viol se retrouve dans une situation où, soit elle tremble de froid, soit elle transpire à grosses gouttes. Ça montre vraiment qu’il y a une grosse blessure à l’intérieur. Mais on observe aussi une peur de l’autre. Généralement, une victime de viol a peur de tout le monde. Elle ne veut pas que quelqu’un la touche. La personne peut aussi avoir la fièvre, une fièvre très forte. Et généralement, quand c’est comme ça, on peut passer à côté du diagnostic parce qu’on va très vite associer ça au paludisme ou alors à une autre maladie. Au-delà de ces signes immédiats, il y a aussi la perte totale du sommeil parce que la personne se trouve angoissée entre la douleur, la nécessité de dénoncer, mais aussi la peur de dénoncer. Parce que c’est la honte d’être sale, d’être rejetée, d’être stigmatisée. Les femmes tombent même souvent dans la dépression totale.

DW  : Quand on sait qu’une femme ou une petite fille a été victime d’un viol, comment est-ce qu’on peut faire pour l’aider?

La première chose, c’est d’abord de la rassurer, de l’amener à comprendre que ce n’est pas de sa faute. La prochaine étape, c’est de chercher à l’amener dans une formation sanitaire pour qu’il y ait déjà un diagnostic qui soit posé. Le prochain pas, c’est de chercher les services de protection pour être sûr que la victime peut être assistée, soit pour faire une dénonciation, soit même pour porter plainte. Mais dans tous les cas, il faut mettre déjà la victime hors de danger, qu’elle soit enlevée d’un milieu où elle pourrait recroiser son agresseur. Et essayer quand c’est possible qu’elle puisse être accompagnée en famille.

DW : On parle beaucoup, en ce moment de « culture du viol », c’est-à-dire de conditions, d’un environnement social qui seraient propices à ce que des hommes passent à l’acte. Soit parce qu’ils ont l’impression que ce n’est pas un problème moral, soit qu’ils pensent que ce n’est pas forcément un problème juridique parce qu’ils n’encourent pas de poursuites ou de sanctions. Est-ce que c’est en train de changer et comment ça peut changer ?

D’un point de vue juridique, en principe, le viol est une infraction grave, assimilée au crime. Mais parfois des gens pensent qu’ils ne seront pas poursuivis. C’est parce qu’ils croient fortement à la corruption. Il suffit pour eux qu’on ait des moyens suffisants, qu’on soit dans une famille où il y a quelqu’un qui peut intervenir pour se soustraire à la poursuite. Deuxièmement, on tend à banaliser le viol parce que les familles aussi préfèrent parfois se taire face à la stigmatisation. Mais à la banalisation du viol vient aussi du fait que certaines personnes pensent que les filles en sont arrivées à la dépravation des mœurs, qu’elles s’habillent mal etc. Et donc, que pour les faire taire, pour les faire arrêter ce qu’elles sont en train de faire, il faut en passer par le viol. Écouter l’audio en cliquant sur le lien ci-dessous:

https://www.dw.com/fr/marthe-wandou-lutter-contre-le-viol/a-59911186

DW : … le viol considéré alors comme une sorte de punition bien méritée ? On dit à la victime : « C’est de ta faute. Tu l’as bien cherché » ?

Oui.

DW : Comment faire pour sensibiliser et éduquer les hommes, les garçons?

Nous avons dans les établissements scolaires des jeunes garçons que nous appelons des ambassadeurs juniors et on travaille avec eux sur le respect de la fille, comme être égal à lui.

Ils sont aussi formés à sensibiliser d’autres garçons sur les conséquences du viol, sur le fait, par exemple, que le viol soit destructeur pour leurs camarades et pour leurs sœurs.

Ils sensibilisent aussi les filles aux situations de danger. Parce qu’il faut que les garçons soient capables de prouver à la fille que même s’ils sont seul à seule, il ne va jamais pour passer à l’agression sexuelle. Et ça, il faut vraiment former les garçons à cela. C’est ce que nous nous faisons avec les garçons.

Source: dw.com

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