Législatives au Bénin : peu d’électeurs aux urnes et des incidents dans le Nord

Au Bénin, pays réputé pour être un exemple de démocratie en Afrique de l’Ouest, les électeurs étaient appelés aux urnes dimanche 28 avril pour élire leurs députés lors d’un scrutin historique où l’opposition n’a pas été autorisée à se présenter. Une situation inédite qui s’est ressentie dans les bureaux de vote.

A Cotonou, comme à Porto Novo, il n’y a pas eu affluence dimanche pour les élections législatives, ont pu constater nos journalistes sur le terrain. Un constat que le dépouillement a confirmé par endroits.

Les estimations nationales des observateurs et de la Commission électorale nationale autonome (Cena) sont toujours attendues. Ni l’opposition ni le pouvoir ne diffusent encore de résultats mais on s’attend à une guerre des chiffres sur le taux de participation, un des enjeux majeurs de ce scrutin.

Malgré les incidents, « le vote s’est globalement bien déroulé », estiment les autorités

Dans une courte déclaration dimanche soir, le ministre de l’Intérieur a affirmé que malgré des incidents enregistrés dans sept villes du pays, « le vote s’est globalement bien déroulé ». Sur les violences, Sacca Lafia a indiqué que « les auteurs et les commanditaires des troubles et des actes de violence seront poursuivis ».

Si à Cotonou, il n’y a pas eu d’incidents majeurs, en revanche, la journée a été chaude au Nord, avec de violentes manifestations qui ont empêché le déroulement du vote à Tchaourou-centre, ville natale de l’ancien président Boni Yayi. A Parakou, la plus importante ville du Nord, des jeunes très mobiles sont passés dans plusieurs bureaux de vote pour saccager les urnes ou les brûler. Glazoué et Savè, deux villes des Collines, ont également été secouées par des violences. Six personnes auraient été arrêtées à Glazoué, selon des sources.

Dépouillement à l’école Avakpa de Porto Novo après les législatives du 28 avril 2019. © RFI/Carine Frenk

Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs admis la faible affluence observée et expliqué que les menaces proférées contre les citoyens qui se rendaient aux urnes via les réseaux sociaux ont eu un effet de dissuasion.

Même constat du côté du président de la Commission électorale nationale autonome (Cena). Pour lui, malgré les violences, le bilan de cette journée de vote est néanmoins plutôt positif.

A part ces localités où il y a eu des incidents, sur le reste du territoire national le vote s’est bien passé.

La Cena promet les premières tendances pour mardi.

« Parodie d’élection »

Tous les leaders de l’opposition qui ont appelé au boycott ont boudé le vote. Aucun d’eux ne s’est déplacé.

Pour Donklam Abalo, le porte-parole de l’Union sociale libérale (USL), un parti d’opposition, il s’agit d’« une parodie d’élection ». Et pour lui, « le peuple l’a compris puisque l’appel lancé au boycott lancé par toute l’opposition a été largement suivi ».

Désormais, explique-t-il, l’opposition attend de voir comment le pouvoir va gérer cette situation. « Même si des députés venaient à sortir de ces élections, ce serait des députés illégitimes, insiste-t-il, parce que le peuple n’a pas validé cette élection. »

Internet coupé

Dès la veille du scrutin, des problèmes d’accès à Internet avaient été constatés  réseaux sociaux ou services de messageries quasiment inaccessibles. Des dysfonctionnements qui se sont transformés en blocage complet le jour du vote, sans préavis ni message des autorités.

La crainte de troubles est-elle à l’origine de cette coupure ? L’organisation Internet sans frontières a en tout cas confirmé que les deux opérateurs téléphoniques du pays avaient reçu l’ordre des autorités de couper l’accès aux données mobiles. Dimanche soir, même les communications téléphoniques à l’international n’étaient plus possibles.

Eric Houessou, président de l’Association béninoise pour la défense du consommateur se dit choqué par cette coupure inédite.

Je n’ai jamais vu ça. Depuis que les élections ont commencé au Bénin, je n’ai jamais vu un pouvoir en place couper l’Internet.

Ce n’est que peu après minuit que l’accès à Internet a été rétabli.

Peu de tampons sur les listes d’émargement au moment du décompte des électeurs du bureau de l’école d’Avakpa à Porto Novo, ce dimanche soir. © RFI/Carine Frenk

Cours d’école désertes

Au moment du dépouillement à Porto Novo, c’était le même constat que tout au long de la journée. D’ordinaire au Bénin, les électeurs viennent très nombreux pour assister à cette étape cruciale d’un processus électoral. Ce sont des moments de vigilance, des moments où l’on vérifie que chaque voix est bien comptabilisée, qu’un bulletin n’est pas injustement annulé.

Dimanche soir dans la capitale administrative, rien de tout cela. Seulement une poignée de citoyens s’était déplacée. Parmi eux, certains ont boycotté le scrutin, mais ils viennent s’assurer que personne ne « gonfle le taux de participation », comme ils disent.

Pour le reste, c’est l’indifférence quasi générale. « Bloc républicain ou Union progressiste, quelle est la différence, tous sont des enfants de notre président », explique un partisan de l’opposition.

La cour de l’école d’Avakpa déserte à l’heure du vote, ce dimanche 28 avril. © RFI/Carine Frenk

La tension très forte dans la matinée est retombée au fil de la journée. Aucun trouble n’a été signalé à Porto Novo. Le dispositif sécuritaire était discret. Et c’est cette image qui reste dans les esprits : celle des cours d’école désertées. « J’ai 50 ans, je n’ai jamais vu ça, je dois le reconnaître », confiait un électeur.

Dans le bureau de vote numéro 1 de l’école d’Avakpa : sur 409 inscrits, on compte 46 votants.

Source: RFI

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