Les audits sur EBOMAF, Alpha Condé et les 62 millions euros omis?

Quand on parle d’audit aujourd’hui, plus qu’hier, il est bien difficile d’omettre le cas de la burkinabè EBOMAF, débarquée en Guinée avec les bons soins d’Alpha Condé. L’affaire avait même suscité l’ire de Mamadou Sylla (UDG) accusant l’ex président « d’être responsable de tout ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays. Il ne travaille qu’avec des étrangers (…). Il a appauvri les Guinéens pour donner l’argent aux étrangers. » A sa suite, Dalein Diallo est lui-même revenu sur cet axe de 194 Km. Comme pour donner raison à Mamadou Sylla.

Extrait : « Lorsqu’on regarde la loi des finances vous avez le sentiment que la région de Kankan absorbe la plus part du budget d’investissement. En 2015 c’était 61% mais les fonds n’étaient pas investis. C’est dans le budget, c’est voté par l’Assemblée Nationale, ils octroient les marchés, on sort l’argent et on se le partage. Exemple : la meilleure illustration de ce bradage, c’est la route Kissidougou-Kankan. Le gouvernement a fait semblant de la faire. Un contrat de 300 millions d’euros a été conclu avec un ami d’Alpha. Le prix du kilomètre, c’est 3 fois plus le prix normal. C’est  1 500 000 euros le kilomètre alors que le coût du kilomètre dans la zone, c’est dans les environs de 500 000 euros à l’époque. Ils facturent le kilomètre à 1 500 000 euros, ils demandent à la banque centrale de faire délivrer une garantie pour l’entreprise, on sort près de 100 millions d’euros, il n’y a pas eu un kilomètre réalisé. Le contrat a été résilié parce qu’on l’avait dénoncé. Ils font attention à ce qu’on dit parce qu’on dit la vérité. L’argent est sorti, il n’y avait pas de mission de contrôle, il n’a pas de travail, mais dans le budget c’était inscrit 300 millions (d’euros) pour faire la route. »

Dans ce banditisme économique présumé, EBOMAF se serait enfuie avec une misère de 62 millions d’euros. Pourtant le rêve était permis, ce samedi 21 juin 2014, avec le lancement des travaux  d’aménagement et de bitumage de cette route Kankan-Kissidougou, longue de 194 Km, avec un coût total évalué à plus de 305 824 856 99 d’euros (BND), soit environ 200 milliards de FCFA. Alpha Condé – lui qui octroie tous les gros marchés publics par copinage – avait tenu à éclaircir l’immixtion de l’entreprise burkinabè Ebomaf : « L’attribution de tout projet de ce type s’opère après un appel d’offres ouvert. La sélection des entreprises est fondée sur des critères précis. Si EBOMAF a été retenue, ce n’est ni par favoritisme ni par une amitié quelconque pour son PDG. C’est tout simplement parce que les propositions technique et financière ont convaincu la Commission d’attribution. EBOMAF a été sélectionnée sur la base de ses compétences », avait notamment dit Alpha Condé. C’était en quelque sorte, ticket d’entrée validé.

Il était prévu de bâtir une route aux normes internationales en lieu et place du tracé actuel qui souffre de dégradations extrêmes. En plus d’une chaussée très consistante, elle devrait reconstruire la quasi-totalité des ouvrages d’art. Deux ponts métalliques et treize  autres devraient être ainsi démolis et reconstruits en béton armé conformément aux normes édictées par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Toute une armada ingénieurs, des techniciens, d’engins et d’ouvriers a été aperçue y compris une quarantaine d’entrepôts à Conakry. Ceci, c’était de respecter le délai d’exécution qui était de 36 mois. Ebomaf s’est vite attiré de vives critiques du côté de la région de Kankan ainsi qu’à Conakry, à cause du retard accusé dû officiellement « au changement survenu suite au réaménagement demandé par le gouvernement, coïncidant à la saison pluvieuse. » Tout le décor aperçu n’a servi que de photos pour mettre tout le monde d’accord.

Sauf qu’une histoire d’argent est née entre gouvernement et entreprise : « Ils nous disent qu’ils n’ont pas d’argent et que désormais au lieu du bitumage des 195 Km, qu’il faut faire 40 Km en bitume et le reste en terrassement » affirme, sur guinée news,  le directeur des travaux d’EBOMAF Kankan, JeanOnibon, ajoutant que : « Quelques temps après, toujours par rapport au même contrat, ils reviennent pour dire qu’ils n’ont pas d’argent et que désormais, il faut faire 20Km de bitume et 40 Km de terrassement. On a toujours accepté sans pour autant perdre de vue que c’est nous qui perdons au regard de l’investissement fait dans le matériel déployé sur le terrain. » De quoi donner du crédit à la déclaration de Dalein Diallo et à l’accusation que Mamadou Sylla porte à l’encontre d’Alpha Condé.

N’y tenant plus et bénéficiant certainement d’une complicité et d’une proximité haut-perchée en Guinée, Ebomaf se serait taillé avec quelque 62 millions d’euros, alors que la route dont il est question avait été travaillée par les Cubains, d’où d’ailleurs la présence nombreuse de plusieurs métisses cubains à Kissidougou. On apprend que la surfacturation par Km donnait également du tournis. Tout se serait négocié entre hauts commis de l’Etat jusque sous les lambris dorés de Sékhoutouréya.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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