LETTRES DE GARANTIE : Lounceny Nabé à l’épreuve l’évidence

Si l’on veut toucher du doigt le courage dont savent faire montre les cadres guinéens, il fallait être de la conférence de presse que le gouverneur de la Banque centrale a animée la semaine dernière à Conakry. En effet, amené à s’expliquer sur les fameuses lettres de garantie, considérées y compris par les partenaires des institutions de Breton Woods, comme une des causes de la crise économique que travers le pays, Lounceny Nabé s’est montré particulièrement téméraire dans la négation de l’évidence. Le mensonge était si flagrant qu’une partie des lettres avait trait aux routes dont on sait dans quel état elles sont aujourd’hui.

Ne pouvant pas nier l’émission des lettres, les preuves étant irréfutables, Lounceny Nabé a donc choisi de défendre leur impact. De toute évidence, un chantier perdu d’avance. Mais il a foncé à ses risques et périls. Ainsi, selon lui, c’est avec ces lettres de garantie que les sous-préfectures du pays sont aujourd’hui éclairées, avec le projet d’électrification rurale (les 30.000 lampadaires). Si, en dépit des supputations et autres soupçons sur les procédures de recrutement des entreprises qui avaient bénéficié de ce marché, on peut lui concéder cet impact-là, tout autre est le volet relatif à la construction des routes du pays.

Pourtant, Lounceny Nabé a osé déclarer : « certains travaux d’entretien routier ont été effectivement exécutés ». Sauf que le gouverneur, à l’appui de cette déclaration, n’a fourni qu’un seul exemple qu’il nuance cependant : « Quand je prends l’exemple de l’entretien routier, la route Dabola-Kouroussa a été financée sur la base de la lettre de garantie et aujourd’hui, c’est vrai qu’il y a un certain temps que je n’ai pas fréquenté la route, mais selon des informations qui me sont remontées, sur le tronçon Kouroussa-Cisséla-Bissikirima, ça circule aisément » 

Il est ici évident que le gouverneur a raconté des histoires. Car s’il y a bien un domaine dans lequel les lettres de garantie n’ont produit aucun impact, c’est bien celui des routes. En lieu et place de cet impact, Lounceny Nabé ferait mieux d’éclairer l’opinion au sujet des marchés de gré à gré en vertu desquels les entreprises ont obtenu les fonds.

Par ailleurs, il rendrait un meilleur service à la Guinée en se prononçant sur les surfacturations auxquelles les marchés en question demeurent associés. D’ailleurs, avant de communiquer, il aurait mieux fait de réécouter le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation dans son coup de gueule par rapport au retard des chantiers dans la région de Kankan.

Anna Diakité, www.kababachir.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.