LIBERTE DE PRESSE : Un journaliste condamné à Kankan

Décidément, la Guinée va à reculons dans tous les domaines. En effet, avec la condamnation de notre confrère, Bouya Kébé de la radio privée, Milo FM, c’est dans le domaine de la liberté de la presse que le pays vient d’enregistrer une nouvelle régression. S’il est vrai que le régime du président Alpha Condé ne s’est pas particulièrement illustré dans la protection des journalistes, la justice s’était tout de même gardée de leur courir après. Mais avec le précédent Bouya Kébé, c’est ce maigre acquis que l’on remet en cause. Surtout si l’on songe au motif pour lequel le TPI de Kankan a condamné notre confrère au paiement d’une amende d’un million de francs guinéens.
Certes, on pourrait voir dans cette sentence une certaine clémence. Mais ce n’est pas ce montant qu’il faut voir, mais le principe même. En effet, c’est parce qu’il a été reconnu coupable des faits à lui reprochés qu’il écope de cette condamnation. Or, de quoi lui reproche-t-on ? De complicité d’outrage au chef de l’Etat.
Le 6 juin dernier, dans une émission interactive qu’il anime sur les ondes de la radio, Milo FM, un auditeur remonté par les propos tenus par le chef de l’Etat, le 28 mai, contre les cadres malinkés qu’il traitait de malhonnêtes, avait alors dit qu’Alpha Condé, quand il était en France, vivait dans « les maquis ». Cette affirmation a valu à l’auditeur en question d’être accusé de s’être coupable d’outrage au président de la République. Et le journaliste animateur de l’émission, de complicité à cet outrage.
Tout d’abord, quand on est habitué aux débats houleux dans les médias notamment à Conakry, on a du mal à comprendre que cet auditeur soit coupable de ce dont on l’accuse. Le chef de l’Etat a entendu plus que tout cela à Conakry. Récemment même, dans l’enregistrement de son discours privé, Dr. Ousmane Kaba insinuait qu’il était ivre quand il tenait son discours du 28 mai. Pourtant, rien n’est entrepris contre les auteurs de ces propos. Encore que le président de la République lui-même est allé jusqu’à assimiler ses adversaires à des chiens dont il disait qu’on « les laisse aboyer ».
Par ailleurs, il est encore plus difficile de justifier la condamnation du journaliste. Comment en effet peut-on comprendre sa complicité ? Le principe des émissions interactives, c’est qu’elles se font en direct et par conséquent difficiles à contrôler. Bien entendu, les auditeurs sont d’abord reçus par le réalisateur qui a la latitude de juger du bien-fondé ou non de les faire passer sur les antennes. Mais un auditeur ne peut-il pas se montrer doux aux oreilles du réalisateur et sortir de ses gongs, une fois sur les antennes ? C’est bien possible.
Du coup, il y a des raisons de croire qu’à Kankan, les administrateurs et les juges se soient laissé aller à un excès de zèle.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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