Lundi sanglant dans les rues de Conakry

Le dénouement de la crise qui secoue le secteur de l’éducation depuis mi-janvier dernier annoncé tard dimanche — contesté aussitôt par la base de l’intersyndicale à l’origine de la grève des enseignants — n’aura rien changé de la détermination des citoyens qui exigent la réouverture des classes, fermées depuis le 1er février. Les violences redoutées ont bien eu lieu dans plusieurs rues de Conakry ce lundi. Si d’ordinaire les manifestations se produisent généralement sur la route Le Prince, le long des quartiers contestataires de la haute banlieue, ce 20 février c’est presque toute la ville qui a été secouée par des violentes manifestations, rappelant aux événements de janvier et février 2007 sous le règne de l’ancien président Lansana Conté.

De l’axe Hamballaye-Kagbelein à l’autoroute Fidel Castro, la Corniche nord, de la commune de Kaloum en passant par les transversales qui relient les trois grandes routes, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour protester contre le congé forcé imposé aux élèves et aux étudiants guinéens depuis près de trois semaines. Les protestataires ont bloqué la circulation sur les principaux axes routiers de la ville. Ils y ont brûlé des pneus, jeté des troncs d’arbres sur la chaussée ou — fait totalement nouveau — érigé un mûr en briques à Ratoma.
Comme à chaque manifestation en Guinée, celles de ce lundi ont donné lieu à des scènes de violences inouïes. Des affrontements ont été signalés un peu partout à travers la ville de Conakry. D’après des sources sécuritaires et hospitalières, au moins trois personnes ont été tuées au cours de la journée dont une par balles au moins. Leurs corps se trouvent à la morgue de l’hôpital Ignace Deen. On dénombre aussi plusieurs blessés dont certains grièvement, des arrestations de leaders du mouvement « La voix du peuple » parmi lesquels un journaliste de la RTG qui organisaient un sit-in devant le ministère de l’éducation à Kaloum ainsi que de nombreux jeunes dans les quartiers secoués par la contestation. Un commissariat de police a été saccagé par les manifestants, des véhicules et des magasins vandalisés par des individus non encore identifiés.
La journée tend vers sa fin et à mesure que la nuit approche, un calme relatif revient dans les rues de la ville où forces de l’ordre et jeunes jouent au chat et à la souri. Dans la matinée, le porte-parole du gouvernement guinéen Albert Damantang Camara qui est également le ministre de l’Enseignement professionnel, du Travail et de l’Emploi (impliqué dans la crise actuelle), a traité les manifestants de loubards qui s’attaquent aux biens publics et privés.
Thierno Diallo, Kababachir.com
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