Maroc – Femmes – Violence: Les lois ne changent pas les mentalités


Par Hassan Bentaleb

La violence contre les femmes au Maroc est un phénomène «en progression» prenant des formes «des plus agressives».

Rabat (dpa) – Au Maroc, une année après l’entrée en vigueur, en septembre 2018, d’une loi relative à la «lutte contre les violences faites aux femmes», «la situation n’a pas beaucoup changé». C’est au moins, le constat de Khadija Benrabah, militante féministe et membre du bureau de «l’Association démocratique des femmes du Maroc» (ADFM). Pourtant, cette législation connue sous le nom de la loi «103-13», avait été qualifiée, par le ministère marocain de la famille, comme «l’un des plus importants textes renforçant l’arsenal juridique national dans le domaine de l’égalité des sexes».

Ce texte a durci les peines d’injures à caractère sexiste. Il impose des sanctions sévères aux harceleurs, notamment 1 à 6 mois d’emprisonnement et une amende de 2.000 à 20.000 dirhams (de 187 à 1874 euros). «La loi 103-13 n’a pas beaucoup changé la situation puisque les mécanismes de protection stipulés par ce texte demeurent faibles faute des ressources humaines et matérielles», affirme Khadija Benrabah.

D’après elle, la violence contre les femmes au Maroc est un phénomène «en progression» prenant des formes «des plus agressives». «On constate qu’on est passé de violence psychique et économique contre les femmes à celle de plus en plus physique qui provoque, dans certains cas, le décès de l’agressée», précise-t-elle.

Même évaluation de la part de la militante et assistante sociale Saïda Bajou qui critique «le manque de communication et de sensibilisation autour de cette loi, ainsi que l’absence presque totale des programmes concernant l’égalité homme-femme du champ médiatique national».

-Plus de 17 milles affaires de violence en 2018-

En 2018, les tribunaux marocains ont enregistré 17.103 affaires de violence faite aux femmes, selon un récent rapport du Parquet général marocain. Plus de la moitié de ces affaires (8.157 dossiers) concerne la «violence physique», 1113 affaires concernent «les menaces» et 1008 «les viols». Une grande majorité des personnes poursuivies dans le cadre des affaires de violence faite aux femmes sont des hommes. Ceux-ci sont souvent proches des victimes. Les mariés arrivent en tête avec 10.238 cas (56,11 pour cent) suivis d’«autres» (6.805 cas).

Ces statistiques corroborent avec les résultats préliminaires de la deuxième «enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes», présentée le 14 mai 2019, par le ministère marocain de la famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social.

D’après cette enquête, 54,4 pour cent des Marocaines interrogées affirment avoir subi une forme de violence au cours de leur vie. 51,6 pour cent des cas ont été enregistrés dans le milieu rural contre 55,8 pour cent en zone urbaine. Les fiancées et les femmes mariées constituent les premières victimes de la violence, au niveau national, avec respectivement un taux de 54,4 pour cent et 52,5 pour cent.

-Des chiffres «incomplets»-

Toutefois, Saïda Bajou estime que ces chiffres demeurent «incomplets» puisque plusieurs femmes victimes de violence «ont des difficultés à accéder à la justice». «Nombreux sont les femmes victimes qui n’ont pas les moyens pour poursuivre leurs agresseurs devant la justice, notamment les femmes issues des milieux pauvres et vulnérables. Nous considérons cette difficulté d’accès à la justice comme une autre forme de violence exercée contre les femmes», a-t-elle dit.

En effet, seulement 6,6 pour cent des femmes violentées ont porté plainte contre leur agresseur et 28,2 pour cent de femmes ont osé parler des violences subies à une personne ou une institution, selon la deuxième «enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes».

-Facteurs économiques, sociaux et culturels-

Concernant les causes de la violence faite aux femmes au Maroc, Saïda Bajou met en exergue trois facteurs essentiels. «D’abord, il y a la propagation de la pensée extrémiste dont ses premières victimes est la femme qualifiée de source du mal». «Ensuite, il y a la soumission économique des femmes. Une grande partie d’entre elles n’ont pas d’emploi et donc de salaire fixe».

«Enfin, la banalisation de la violence, notamment à travers les réseaux sociaux. Cette banalisation légitime, de plus en plus, cette violence et la rende (socialement, ndlr) acceptable».

-«Il nous faut une loi spécifique»-

Khadija Benrabah pense que la lutte contre la violence faite aux femmes, au Maroc, exige «l’annulation» de la loi 103-13 et la promulgation d’une «Loi-cadre» indépendante du Code pénal, ainsi que la mise en place d’une «stratégie d’accompagnement». «Il nous faut une loi spécifique qui ne fait pas partie du Code pénal et qui soit apte à garantir la protection, la prévention et la promotion des droits des femmes», a-t-elle plaidé.

Source: dpa-news.de

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.