Missions d’Etat à l’étranger : la ritournelle d’Alpha Condé

Ce n’est ni la première fois, ni la seconde et certainement ce ne sera non plus la dernière fois que le Président de la République affiche sa volonté d’assainir les missions des hauts cadres de l’Etat à l’étranger. C’est ainsi qu’il a réitéré les mêmes instructions au cours d’un Conseil des ministres.

La démarche vise « la réduction drastique des missions à l’étranger des membres du gouvernement qui doivent s’atteler résolument au travail gouvernemental au lendemain de la rentrée et après la période de pèlerinage aux lieux saints de l’Islam. » Alpha Condé a alors demandé aux ministres de « désigner des collaborateurs ou à se faire représenter par des membres de la mission diplomatique dans les pays concernés, à l’exception de certaines missions requérant la présence effective du chef de département à l’extérieur du pays. » Une ritournelle, en somme ! En effet, il y a deux ans environ, les mêmes demandes avaient été faites à l’endroit des concernés. Le président avait instruit les membres du gouvernement à veiller à ce que les délégations guinéennes qui se rendent en mission à l’étranger soient composées de cadres compétents et effectivement concernés par les sujets qui doivent faire l’objet de débats.

En Guinée en effet, tous les fonctionnaires accrochés à des postes de décisions ne guettent que des missions à l’étranger pour voyager avec soit avec famille proche, soit avec maîtresses et autres. Le tout aux frais de la Princesse. C’est connu, c’est admis. La magouille part des départements ministériels jusqu’aux Finances. Très souvent, ce sont les mêmes qui voyagent tous les jours. Les autres cadres, même compétents sont laissés à la maison. Certains peuvent faire deux, trois missions en même temps avant de rentrer au pays, alors que c’est une seule qui est rendue publique, si elle l’est.

Les missions à l’étranger sont un business bien juteux. Ils sont nombreux ces cadres de l’Etat qui ont ouvert des sociétés de ventes de billets et accessoires. La corruption et la surfacturation sont monnaie courante. Récemment, l’ancien ministre du Budget a initié l’informatisation de la procédure d’achat des billets d’avion « e-biassi ». L’objectif est entre autres : d’attirer l’attention sur les dépenses de l’Etat en biens et services et proposer une solution en vue de les rationnaliser ; de présenter la solution informatique prenant en charge l’achat de billets d’avion pour les missions à l’étranger.

Pour M. Doumbouya, l’approche consistait à la mise en place d’une plateforme permettant de faciliter les procédures d’acquisition des billets d’avion. Il estime que cette solution informatique permettra de réaliser d’importantes économies en temps et en ressources, notamment : d’éviter les surfacturations des billets ; de favoriser une concurrence saine entre les fournisseurs sur la base de critères de qualité, de prix et de disponibilité ; de remédier aux mauvaises pratiques (corruption, conflit d’intérêt entre autres) qui prévalent dans ce marché. Sans trop applaudir cette démarche, mais contraints tout de même, les ministres, alors en conseil, la semaine dernière, ont invité à leur pair du Budget, à poursuivre l’initiative en prenant en compte les observations pertinentes formulées.

On s’achemine donc vers la fermeture d’une autre mangeoire voulue et initiée par des hauts cadres de l’administration publique. D’ailleurs, certains prédisent un chemin de croix et une option infructueuse tant et si bien cette histoire de billets d’avions est bien lucrative et implique bien des personnalités au plus haut niveau.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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