Monénembo-Hollande: la polémique puante !

Le refus sec de Tierno Monenembo de « manger avec ceux qui mangent l’Afrique », à travers François Hollande et autres, alimente la chronique. Tant en Guinée qu’ailleurs en Afrique. Ce refus, à s’y méprendre, devrait être le moindre mal.

Seulement, depuis, une polémique puante infeste les débats des plus éclairés au plus bas. Souvent avec des préjugés sur l’écrivain. Des préjugés allant jusqu’à toucher ses appartenances politiques. Qu’est-ce que le Rasta philosophe ivoirien n’a-t-il pas chanté contre la France, ou tous ces autres « salauds qui ont mis le feu sur le paradis » africain ? Personne n’a levé le petit doigt pour lui coller une étiquette politique L’analogie ne règle pas tout, mais, ce qui échappe aux uns et aux autres, c’est bien la liberté de ton qu’ont les artistes et écrivains. « Je ne mange pas avec ceux qui mangent l’Afrique » est la phrase indélébile de l’écrivain qui choque, parce qu’elle décline ce 10 avril une invitation du président Hollande. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’ire de certains analystes politiques, observateurs de la vie politique nationale, etc.

Mais, pour qui connait ces dirigeants africains qui vendent l’Afrique, la mangent à pleines dents avec l’Occident, il y a de quoi ouvrir largement les yeux. Plus naturel, pour qui connait Tierno Monenembo et son éducation solide auprès de sa grand-mère Néné Mbo ne devrait pas s’étonner de la réaction de l’écrivain guinéen. « C’est cette vieille dame qui lui a inculqué les valeurs et les principes

de vérité, de travail, d’honnêteté et de respect. Et le fait d’avoir embrassé le domaine des Lettres en mettant de côté sa carrière de Biochimiste a dû accentuer ce que Michel Onfray appelle « La Sculpture de soi », commente-t-on.

Que pourrait-on dire si l’invitation de Hollande était déclinée par Sékou Touré, Sankara, Khadaffi, etc. que certains occidentaux qualifient, à tort ou à raison des despotes mais des despotes aux dignités, au moins bien respectées ? En réalité, la polémique provoquée par le refus de Monenembo n’est autre que puante. Alpha Condé peut, lui, aller baisser l’échine, après avoir demandé à ses pairs africains de couper le cordon ombilical, pour répondre à l’invitation de Paris.

Sékou Koueissy Condé a encore perdu une occasion de se taire. Sur sa page Facebook, il note : « La tolérance est une condition nécessaire à la liberté et à la démocratie. Nous Guinéens, sur la base de notre histoire commune, avons l’obligation morale de démontrer à la face du monde, notre ferme attachement à la vérité et au pardon. Acceptons nos différences, elles sont nos forces ». Il va de soi, connaissant un peu son rôle joué dans la fameuse affaire de Pinet et la réaction de l’étrange hôte d’alors devenu aujourd’hui Président de la République.

Quoiqu’il en soit, c’est mal connaitre Tierno Monénembo dans de pareille circonstance. Cet homme, témoigne des spécialistes de l’analyse littéraire, aime débattre, défendre son point de vue sur une

Afrique à ses yeux terriblement désespérante. Assurément, le lauréat du prix Renaudot 2008 est de la race de ceux qui peuvent dire NON quand ils ne veulent pas. Autant s’offusquer, car, lui, n’a rien à démontrer. D’ailleurs, il peut bien s’exclamer, à l’instar du poète chilien Pablo Neruda, « J’avoue que j’ai vécu ! ». Suffisant pour refuser de manger avec ceux qui mangent l’Afrique.

N’en déplaise !

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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