Non, Bogola Haba, les manifs ont bien empêché la dictature !

Bogolan Haba s’était opposé au troisième mandat d’Alpha Condé et il
appartenait à l’ANAD présidée par Dalein Diallo. Aujourd’hui, le même
Bogola Haba a pris récemment la tête du Front national pour la défense
de la transition (FNDT). Sans trop savoir ses réelles ambitions –
appartenir au prochain gouvernement n’est pas exclu -, l’homme
s’emploie sans cesse à tirer à boulets rouges sur ses alliés d’hier.
La dernière en date est relative aux manifestations politiques. Pour lui,
celles-ci n’ont pas empêché la dictature. Seulement, ce qu’il oublie, cette
dictature a été ébranlée, suite aux manifs répétitives et sans répit. En
effet, face aux graves atteintes à la démocratie d’Alpha Condé et à son
refus de respecter les conclusions des accords politiques inter guinéens
signés en octobre 2016, les opposants à son régime lui ont donné du
grain à moudre à tel point que son gouvernement s’est vu obligé de
pondre un communiqué dans lequel il « réitère sa détermination à
poursuivre la mise en œuvre du protocole d’accord du 12 octobre 2016
et appelle l’ensemble des acteurs politiques à la préservation de la paix
sociale. »

Pour la gouverne de Bogolan Haba, des élections locales, les premières
depuis 2005, auraient dû se tenir en février en vertu de l’accord conclu
en octobre 2016 dans le cadre du dialogue entre le pouvoir, l’opposition,
la société civile et les partenaires internationaux de la Guinée. Mais
aucune date n’avait encore été fixée pour ce scrutin. L’accord de 2016
prévoyait aussi la révision du code électoral et l’audit du fichier électoral.
D’où l’autre communiqué du gouvernement dans lequel Alpha Condé à la
Commission électorale nationale indépendante (CENI) de « prendre les
mesures nécessaires pour l’organisation des élections locales dans les
meilleurs délais », l’invitant à « proposer au gouvernement et aux partis
politiques un chronogramme », précise le communiqué.

Avec une scène politique clivée et ethnicisée, en proie à une épidémie
d’Ebola qui affaiblit son économie, la Guinée avait deux options : établir

par le dialogue un cadre crédible pour la deuxième élection présidentielle
libre de son histoire, cadre qui pourrait inclure un report négocié, ou
prendre le risque de l’instabilité et de la violence interethnique. Pour
réduire ce risque, l’exécutif guinéen, qui a la maitrise des institutions et
du rythme politique, devrait impérativement construire avec l’opposition
et les partenaires internationaux un consensus minimum sur le dispositif
électoral.
Alpha Condé, dans son mépris habituel, a continué à narguer ses
opposants : « Il n’y a pas de raison que nous décalions le calendrier
électoral », confiait fin novembre au Monde le président Alpha Condé,
élu en 2010. Ce calendrier table sur une élection présidentielle en
octobre. Mais l’opposition se montre intransigeante : elle exige
notamment une recomposition de la Ceni, jugée acquise à l’exécutif, un
recensement des électeurs et l’organisation au préalable des élections
communales et locales sans cesse reportées depuis quatre ans.

A y voir de près, ce sont les manifestations politiques qui ont fait plier le
régime et donc à ébranler la dictature. Une dictature neutralisée
définitivement à l’aube du 5 septembre 2021. Bogolan Haba doit
l’apprendre à ses dépens.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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