‘’Nous sollicitons une femme au poste de Premier ministre’’ (Mme Sy Mariama Satina)

 

Après les concertations nationales entre le CNRD et les différentes forces vives de la nation, l’heure est aux tractations pour la formation du nouveau gouvernement devant conduire la transition, dont la durée n’est pas encore connue.

Alors que les femmes réclament une parité dans les instances de prise de décision, notre rédaction a tendu son micro à Mme Sy Mariama Satina Diallo, ancienne ministre, Présidente du REFAMP et PDG du Groupe Mondial Tours.

A  bâtons rompus, la Présidente du Réseau des femmes anciennes ministres et Parlementaires défend la cause de la junte féminine pour la conduite d’une transition apaisée devant permettre à la des élections présidentielles et législatives libres, transparentes et dont les résultats seront acceptées par tous.

Lisez la première partie de l’interview :

www.kababachir.com: Bonjour Mme Sy

Mme Sy Mariama Satina Diallo : Bonjour M. Barry

En votre qualité de membre de la Société civile doublée de votre statut de Chef d’entreprise, comment vous avez accueilli le renversement du régime d’Alpha Condé le 05 septembre dernier ?

J’avoue sincèrement que je m’y attendais. Je m’y attendais d’autant plus que je connais très bien la Guinée, je vous disais toute à l’heure que nous étions très active dans les années 2006, 2007 jusqu’en 2010. Connaissant la Guinée, voyant la situation dans laquelle nous étions, je me demandais quand  et comment ? Mais c’était inévitable ! Tout ça à cause du forcing du 3ème mandat, à cause de la précarité de la situation socio-économique et politique de la Guinée, à cause de l’exclusion d’une partie de la population, à cause de la misère ambiante qui régnait en Guinée. Il y avait tellement des raisons qui avaient phagocyté l’émergence de la Guinée,  ça ne pouvait pas continuer. Pour moi c’était quand et comment, mais c’était inévitable.

Ce que je regrette, ce que ce n’était pas un désir, une envie, une sollicitation, parce qu’en tant que Société civile, en tant que femme de veille, je n’aime pas les coups d’Etats. Les coups d’Etats sont à condamner, les coups d’Etat se retrouvent dans les pays qui ne marchent pas, où les principes démocratiques et les droits de l’homme ne sont pas respectés, je le regrette sincèrement, mais c’était le dernier recours.

Comme d’autres acteurs, vous avez été reçue cette semaine par les nouvelles autorités du pays en tant que Présidente de REFAMP. Quelle est votre lecture de ces concertations nationales et de quoi il a été question avec la Société civile?

Je pense que la démarche du CNRD est une démarche inclusive, c’est une démarche ouverte à toutes les préoccupations de la Guinée, parce que toutes les forces vives (politiques et sociales) du pays ont été reçues. Cette démarche permet aujourd’hui aux nouvelles autorités de connaitre les préoccupations de la population guinéenne, qui chacune de ces forces, a émis des propositions, a expliqué ses problèmes et difficultés. Je pense que lorsque vous allez recensés toutes ces données, ça leur permettra de mettre en place la vraie feuille de route, à savoir, quels sont les besoins des guinéens, où le bat blesse, mais qu’est-ce qu’on veut, qu’est-ce qu’on ne veut plus. Ça va leur permettre donc de sortir la charte et les programmes. Moi j’ai trouvé cette démarche vraiment intéressante et c’est ça dont les guinéens avaient besoin. Ça s’est fait certes, dans la bousculade, c’est normal, l’envie de s’exprimer, mais il faut comprendre et pardonner. Je pense que c’était une bonne initiative.

Vous avez demandé une parité hommes-femmes dans les organes de transition

 Absolument ! Nous voulons une parité dans toutes les instances de la Guinée, même le poste de Premier ministre, nous le sollicitons pour une fois. 63 ans d’indépendance, la Guinée n’a jamais eu de femme Premier ministre. Imaginez aujourd’hui si cette équipe des jeunes militaires mettent une femme Premier ministre, mais ça va nous ouvrir des portes parce qu’aujourd’hui les bailleurs des fonds soutiennent tous les projets détenus par les femmes, ils encouragent le gendre, ils encouragent la nomination des femmes à des postes de responsabilité.

Il y a eu trop de désunion entre les guinéens, je pense qu’une femme à ce poste pourrait vraiment rassurer tant sur le plan national qu’international et aider à mettre en place des institutions fortes dont la Guinée a besoin.

En tant qu’ancienne ministre du gouvernement dirigé par le Général Sékouba Konaté, si on vous demandait d’apporter des conseils au Colonel Mamadi Doumbouya et à son équipe, qu’est-ce que vous l’auriez dit ?

Pour moi, le colonel Doumbouya a bien commencé mais il faut qu’il ait des mains libres. Dans son premier discours, il avait tout dit. Tous les maux de la société guinéenne ont été abordés en 4 à 5 phrases. Ce n’était pas long, mais ce discours était pertinent et précis. Qu’il puisse mettre en place cette promesse, qu’il soit le Jerry lawling de la Guinée.

Aujourd’hui, on a besoin de la force, on a besoin que les guinéens respectent la loi, on a besoin que les droits de l’homme et la justice soient respectée dans notre pays. On ne peut pas demander à la junte de régler tous les problèmes, ils ne sont pas là pour ça, mais s’ils arrivent à nous aider à mettre en place des bonnes institutions, qu’on puisse organiser un recensement global de la population guinéenne, parce qu’on n’a pas une idée réelle aujourd’hui de combien de guinéens nous sommes, en Guinée, dans toutes les régions et à l’extérieur. Ça serait quelque chose d’extraordinaire, parce qu’un bon recensement permet une bonne clarification dans le pays, notamment sur le plan économique, parce que tout ce qu’on fait est basé sur les statistiques. En Guinée, nos statistiques sont biaisées, cela est connu. Donc si nous arrivons à faire comme ça et à prendre le fichier électoral, que tout le monde juge mauvais, sous l’appui des institutions internationales, ça permettra à la Guinée d’avoir un fichier correct qui ne sera pas discuté par les politiques parce qu’à la fin c’est pour eux qu’on va construire ce pays, il n’y a pas une autre entité pour diriger un pays si ce n’est pas les politiques. Donc si nous arrivons à mettre en place un fichier correct, et un CNT qui va ressortir, réécrire et amender la constitution de 2010 et qu’il y ait des articles intangibles pour dire qu’on ne doit pas toucher à la durée et au renouvellement des mandats. On l’avait fait mais malheureusement vous avez vu ce que c’est devenu. Mais ça serait bien aujourd’hui qu’on puisse sortir une constitution conforme aux aspirations du peuple de Guinée. Que nous puissions organiser une conférence nationale. Les guinéens ont besoin de connaitre la vérité, de se parler et de se réconcilier. Ils sont prêts à se pardonner, mais on ne peut pas se pardonner dans l’ignorance et on ne peut pas passer dire qu’on va sortir la Guinée de cette situation sans cette conférence nationale. Elle est extrêmement importante, le Rwanda l’a fait après le génocide, on a vu ce que le Rwanda est devenu aujourd’hui, l’Afrique du Sud l’a fait, la Guinée, avec tous les problèmes qu’on avait depuis 1958 doit emprunter les pas. Depuis toutes ces arrestations, depuis tous ces assassinats, avec tout ce qui s’est passé, il faut absolument que les guinéens puissent se parler. Le camp Boiro est passé par là, le coup d’Etat de Diarra Traoré est passé par là, le 28 septembre est passé par là, les évènements douloureux pendant les 10 ans d’Alpha Condé, on connait tout ce qui s’est passé dans ce pays.

Donc l’organisation de cette conférence nationale souveraine va permettre aux guinéens de se regarder, de se parler et d’aller de l’avant. Cette junte doit nous aider à mettre en place ces institutions et organiser les élections générales. La Guinée n’a parlé que d’élections pendant 10 ans. Qu’on organise des élections législatives et présidentielles ça nous permettra de construire la Guinée. Le Président qui viendra va gagner des élections crédibles aura 5 ans pour construire ce pays au lieu d’organiser encore des élections qui vont désunir les guinéens.

Vous seriez favorable par exemple au modèle ghanéen où la date des élections présidentielles et législatives est connue, c’est le 7 décembre de tous les 4 ans ?

Oui, que la date soit constitutionnelle. Imaginez combien de fois on a souffert pour organiser les élections législatives, les communales, le dialogue politique, et on n’a toujours pas mis en place certains élus locaux comme les Présidents des districts et quartiers, mais aussi les conseillers régionaux, on a trop souffert pour ça. Il faut quand même qu’on se base du passé, du présent pour construire l’avenir. Les guinéens doivent sortir de cercle vicieux d’organisation d’élections et les militaires peuvent nous aider à sortir de cette situation. En Guinée les vainqueurs n’ont jamais été modestes et les perdants n’ont jamais accepté. C’est ce qui nous a mis dans cette situation communautaire difficile. Pour moi si les militaires arrivent à nous définir ça, ils auront réglé le problème de la Guinée, le reste c’est à nous parce qu’ils ne peuvent pas le faire seul. Il faut un engagement de tous les guinéens, il faut participer. Ceux qui disent, j’attends de voir, non ! On n’attend pas de voir, c’et notre pays, chacun d’entre nous a une responsabilité et a un rôle à jouer pour l’émergence de la Guinée. Qu’on change nos mauvaises habitudes et qu’on travaille ensemble la main dans la main.

On ne peut pas faire tout ça sans la justice. Selon vous, quel sort faut-il réserver à Alpha Condé et à son équipe ?

Il est temps que les guinéens, chacun en ce qui le concerne, récolte ce qu’il a semé. On ne peut pas construire un pays en faisant fi du mal de ce que certains ont subi. Ce n’est pas une chasse aux sorcières, mais il n’y a pas de paix sans justice. On ne peut pas construire un pays dans le mensonge et le délit. On était tous en Guinée on a suivi tout ce qui s’est passé, on a vu l’acharnement, on a vu le rôle du FNDC qui a fait un travail extraordinaire en Guinée comme à l’étranger, on a vu le positionnement des uns et des autres. Chacun doit assumer et ne pas se gêner. Maintenant qui doit départager ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui a été fait ?  C’est seule la justice peut le faire. S’il y a des plaintes contre certaines personnes, qu’on les traque, que justice soit faite et reconstitue les responsabilités ceux qui doivent être libérer, on les libère parce qu’il y en a qui ont fait un excellent travail, sans se mouiller,  ça, c’est connu. Je ne suis pas pour la chasse aux sorcières mais il faut que les gens qui nous ont dirigés assument leur responsabilité et cela soit jugé positivement ou négativement.

Est-ce que vous partagez l’avis du Général Sékouba Konaté, ancien Président de la transition, qui a indiqué récemment que la durée de la transition en 2010 était insuffisante et qu’il avait subi une pression interne et externe, car  les politiciens étaient trop pressés. Ce qui fait que les choses ont été précipitées ?  

 Je partage entièrement l’avis de mon président Konaté, il a parfaitement raison. Six mois, on s’est rendu compte que c’était impossible. D’ailleurs on n’a pas fait 6 mois, on a fait 10 mois. Il a raison, on a eu de pression. Vous les journalistes vous avez été les premiers à nous attaquer. Ils veulent s’accrocher au pouvoir, la communauté internationale, les politiques, chacun, nous appelaient même avec des menaces on sait que vous voulez rester. Mais on est arrivé à quoi ? Des élections bâclées. On a fait 4 mois entre les deux tours et tous les problèmes de la Guinée sont venus de là. Comme je le disais, qu’on sache raison gardée  et qu’on tire les leçons du passé. On ne peut organiser aujourd’hui des élections en Guinée en 6 mois, ce n’est pas possible. Moi personnellement, un jour en conseil des ministres, j’ai demandé à feu Jean Marie Doré, d’accepter que nous fassions  des débats à la télé pour montrer à la population qu’on n’est pas prêt pour des élections, il faut qu’on explique parce que ce n’est pas bon, c’est trop juste. Il m’a dit mais Madame, tu veux qu’on nous tue. Tu entends déjà la presse, tu vois tout ce qui se passe. Mais je dis non ayons le courage de le faire. Effectivement, il y avait la pression comme l’a dit le Général Sékouba Konaté. Evitons ça cette fois-ci. Mais je suis très contente quand même parce que beaucoup de personnalités que j’entends disent donnons le temps. Donc vous voyez les gens ont pris la mesure au sérieux,  je n’ai pas entendu quelqu’un dire allons vite.

A suivre la suite de l’interview….

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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