Politique agricole : une comparaison qui ressort des maladresses

« Quand je suis venu au pouvoir, la Guinée utilisait à peine 10 mille tonnes d’engrais. Nous sommes montés un peu plus à 20 mille tonnes et aujourd’hui, nous allons faire 5 fois plus grâce à la générosité et à l’accompagnement du Roi du Maroc. »

Cette déclaration d’Alpha Condé devant le Roi marocain est une comparaison qui soulage Mohamed VI. Mais les Guinéens eux sont restés les yeux hagards ; déçus de cette sortie du président Condé. Cette comparaison qu’il a faite ne fait que ressortir les lacunes de sa politique agricole. Depuis combien d’années Alpha Condé parle d’autosuffisance alimentaire ? Ce slogan creux qu’il a tenté de soûler les Guinéens qui l’ont cru.

A l’épreuve du pouvoir, les lignes n’ont vraiment pas bougé. Le gouvernement avait misé –avec beaucoup d’amateurisme- sur l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, « dans un délai de trois ans. » Ce, depuis 2015. Lors de sa toute première déclaration de la politique générale du gouvernement, le Premier ministre en a rappelé les péripéties. Le même leurre. A ce jour, on importe encore et toujours du riz. C’est du moins l’aveu d’impuissance affiché un 1er mai par Alpha Condé lui-même : « Nous avons trois régions qui peuvent rendre la Guinée autosuffisante sur le plan alimentaire. Pourquoi nous importons 300 000 tonnes de riz par an ? » A lui de répondre à la question parce que c’est lui qui a promis monts et merveilles aux Guinées. Mais il préfère accuser et remonter dans

l’histoire des colons. Comme toujours d’ailleurs : « Les cadres guinéens auraient dû savoir que le gouverneur Rolland Pré avait fait un plan de développement, qui aurait permis à la Guinée d’aller très loin. Lorsqu’il a constaté que la France allait perdre la guerre d’Indochine, il avait décidé de faire de la Guinée le grenier de l’Union française. Le colonisateur français avait fait toutes les études pour le barrage de Konkouré. Tous les plans étaient prêts, y compris les aménagements agricoles. Mais les conditions dans lesquelles nous avons pris l’Indépendance ont amené le gouvernement français à avoir une attitude totalement contraire à toute forme d’humanité. Ils ont emporté les plans. »

Ne savait-il pas tout ceci, lorsqu’il faisait des vœux pieux ?

De toute évidence, quelque 2OO milliards GNF avaient été engloutis dans une campagne agricole de 2011 des plus poussives parce que mal pensée. Les années suivantes, la même ferveur a accompagné la politique du Chef de l’Etat. Et des loups tapis dans le gouvernement avaient fait la fête avec les intrants et d’autres surfacturations que Condé lui-même avaient dénoncés et menacé de faire tomber des têtes. Fausse alerte ! Juste pour dissuader.

Il y a peu les cinq Préfectures qui composent la région de Kankan se sont partagé 43 milliards GNF au compte de la loi rectificative du budget 2014. Le budget alloué à la seule région administrative de Kankan est deux fois supérieur au budget totalisé de toutes les autres régions du pays (19 milliards 880 millions GNF) : Labé 2 milliards GNF et Mamou 880 millions GNF est inférieur au budget de la région de

Faranah 3 milliards GNF. Certains estiment que la répartition est mal faite d’autant plus que la région de Kankan est loin d’être celle qui produit de plus par rapport à la Forêt et à la Basse-côte, dans la moindre mesure, à Mamou (Timbi Madina avec la pomme de terre).

Quand Alpha Condé parle de 20 mille tonnes d’engrais offertes par le Maroc, ceux qui connaissent les bonds de ce président, tournent simplement le dos s’ils ne rient pas sous cape. Une imposture. Si ce n’est peu dire.

Jeanne FOFANA, www.kababachir.com

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