Précarité des fonctionnaires : observer le calvaire et se taire…

Alors que le Parlement mise sur l’amélioration des conditions de vie et de travail des députés avec des faveurs insolentes, alors que la Présidence de la République accroit son budget journalier, etc., l’image que renvoient les fonctionnaires de l’Etat à la veille de la fête de Ramadan est plutôt révoltante. Leur précarité affichée à la fin de cette semaine devant les guichets des banques primaires, attendant un virement qui tarde à venir pousse au silence coupable.

Nombreux passant se demandaient que faisaient tout ce monde noir pour l’essentiel à jeun et qui trainent par terre depuis le début de la matinée du jeudi, du vendredi et même ce samedi. Dépités, désemparés pour les uns, révoltés et résignés pour les autres. Ça chauffe à la maison. La famille n’a pas trouvé repas de fête, à fortiori habits pour les enfants (les ainés sont relégués au second plan). On se relaie aux guichets, rien ! On murmure, ici, rien. On s’informe à l’intérieur, rien ne filtre non plus. Et toc, on baisse les rideaux pour rentrer et laisser en rade ces pauvres fonctionnaires. Ceux-ci ne désertent pas. Une folle rumeur fait état d’une injonction du président pour que les fonctionnaires soient payés. Cette rumeur requinquent ces centaines d’enseignants, de policiers, d’agents de santé, de cadres de départements ministériels, etc.

La bonne nouvelle interviendra bien tard. Le virement est effectif. Certains ont reçu des SMS de la banque. Comme une trainée de poudre, la nouvelle se répand et nous voilà au poste pour constater la ferveur mais surtout le soulagement.

S. Bangoura est fonctionnaire à la Pêche : « Jusqu’à présent je n’ai pas pu trouver les habits de fête pour mes trois enfants. Ceux-ci ne cessent de les réclamer. J’étais obligé de quitter très tôt ce vendredi pour échapper. Dieu merci, chacun pourra certainement se trouver une chaussure. Le reste je vais voir comment compléter pour payer mon loyer… »

Mme A. Diomandé, elle supporte toutes les charges de la maison, elle est décontenancée : « Tout mon salaire s’en va d’un trait avec habits de fête, loyer et dettes épongées en partie », lâche-t-elle presque en larmes. Sur ces entrefaites, un coup de file, au bout ? Une grande sœur à elle qui veut « un peu d’argent pour délivrer les habits chez le tailleur ». Presque en sanglots, elle tranche : « Je ne peux rien te trouver… »

Pauvres de nous ! C’est cette Guinée-là qui change nous dit-on. Allons donc.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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