Présidentielle au Gabon: le scénario de la triche du clan Bongo semble bien en marche

Un écart de 5 000 voix entre Ali Bongo et son opposant Jean Ping, une Assemblée nationale incendiée et des émeutes post-électorales… Le Gabon se réveille douloureusement au lendemain de l’annonce de la victoire d’Ali Bongo. Les soupçons de triche sont au plus fort.

« Le scénario est le même depuis cinquante ans : chaque fois l’opposition gagne les élections mais c’est toujours la même famille qui conserve le pouvoir» Parole de connaisseur pourrait-on dire puisque son auteur, Jean Ping, , connaît de l’intérieur le système qui le prive (provisoirement peut-être) d’une probable victoire.

Ministre des Affaires étrangères d’Omar Bongo pendant neuf ans après avoir occupé plusieurs postes importants dans  divers gouvernements, marié un temps avec Pascaline Bongo (la fille de l’ancien pilier de la Françafrique), l’adversaire malheureux d’Ali Bongo a depuis fait amende honorable  et regrette cette servitude dorée l’ayant finalement conduit à la tête de la commission de l’Union africaine (UA).

Sincère, ou purement opportuniste selon ses détracteurs, son engagement dans la campagne électorale a en tout cas permis la cristallisation de tous les mécontentements accumulés depuis des décennies contre un régime honni qui, à l’image de celui de Denis Sassou-Nguesso, le président congolais, a littéralement fait main basse sur les richesses nationales et notamment une manne pétrolière, désormais à la baisse.

Si nombre des leaders d’opposition ralliés à sa candidature unique ont à un moment ou un autre fait allégeance au « clan Bongo », dans les « bas-quartiers » de Libreville englués dans la misère et le système D ou à Port-Gentil, la ville rebelle, celle-ci a été souvent considérée comme un moindre mal. Et qui sait l’occasion du « sursaut » promis par l’intéressé. C’est que contrairement à quelques petits poissons frelatés du marigot de la vie politique gabonaise, Ping n’est pas le premier courtisan (repenti) venu.

A peine 5 000 voix séparent Bongo et Ping

Malgré le passif d’ex « bongoiste » et les accusations de malversations matraquées par certains médias amis du pouvoir (au Gabon mais aussi en France…), son profil de fort en thème et de vieux routier des instances internationales (de l’Unesco à l’UA en passant par la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU), a séduit, sinon enthousiasmé, au delà du cercle des seuls militants. Déjà à l’œuvre en 2009, la dynamique « tout sauf Ali » lui garantissait, semble-t-il, une victoire confortable dans huit des neuf provinces, avec une avance de près de 65 000 voix. Mais, « miracolo », grâce à une participation record de 95% (moins de 60% au niveau national…), le résultat du Haut-Ogooué, fief natal d’Ali Bongo, a sauvé la mise à ce dernier. A l’arrivée, à peine 5000 voix séparent les deux adversaires !

Une marge lilliputienne mais qui était paradoxalement censée prouver la bonne tenue et la transparence de l’élection, bien plus qu’un score « soviétique » dont la rumeur a pourtant couru dès lundi parmi les partisans d’Ali. Etonnamment, selon certains observateurs, ceux-ci semblaient sûrs de la victoire bien avant que la commission électorale (Cenap) ne la confirme officiellement. Le scénario de la triche qu’invoque Jean Ping semble donc en marche, y compris avec forces blindés légers et forces spéciales cagoulés, mais contrairement à 2009, il passe mal du côté des chancelleries, de l’Union européenne et des « pays amis », la France et les Etats-Unis en particulier.

Sans remettre formellement en cause l’élection d’Ali Bongo, on y réclame la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote mais, avec le tempérament de feu qu’on lui connaît, Jean-Marc Ayrault s’est pour l’heure contenté d’appeler à « la fin des violences.» La partie du chef de la diplomatie française n’est, il est vrai, pas la plus facile. Si l’Elysée s’est bien gardé d’intervenir dans la campagne, Ali Bongo n’y était pas forcément considéré comme le candidat à battre. Sa « victoire » tient désormais du cadeau empoisonné.

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