QUESTIONS D’UN MAGISTRAT A M. MOUSSA IBOUN CONTE

Monsieur Moussa Iboun CONTE

En ma double qualité de magistrat et de membre du Conseil d’Administration de l’Association des Magistrats de Guinée (AMG), je m’empresse d’attirer votre attention et celle de l’opinion publique sur l’inexactitude de vos propos, quant au mandat de Monsieur Mohamed Aly THIAM, président de l’AMG.

Par les questions qui suivent, je n’ambitionne instaurer ni une culture de complaisance, ni une culture de débats dirigés contre les magistrats dont l’obligation de réserve ne fait pas obstacle à la liberté d’opinion.

Aussi, ai-je le plaisir de rappeler que vous prenez la défense d’un ministre d’Etat sans en avoir reçu mandat et, que je sache, vous n’êtes pas avocat inscrit au barreau de Guinée. N’est-ce pas que, comme président de l’AGEPI, je suis endroit de considérer que vous agissez en qualité de journaliste ?

Me serai-je trompé, en déduisant que vous êtes soumis à l’obligation d’impartialité ?

Quant à l’ignorance que vous imputez à Monsieur THIAM, avez-vous bien lu et compris les articles 53 à 58 de la constitution, qui a prévu dans ces disposition le Premier Ministre, le Gouvernement, le Conseil des ministres et le Conseil interministériel comme organes constitutionnels de décision, avant de faire l’affirmation suivante : « au mépris de la Constitution que les ministres d’Etat du Cabinet présidentiel ont les mêmes privilèges que les membres du Gouvernement, en ce sens qu’aucun texte de Loi ne leur interdit. » ?

Le Gouvernement et ses membres, les Ministres, sont de source constitutionnelle les membres du Cabinet présidentiel sont de source règlementaire et sont des Conseillers élevés au rang de Ministre. Il est visible que vous avez une grande affection pour Monsieur le Ministre Tibou KAMARA, ce qui vous honore et que je salue. Mais observons des bornes

Cependant, ne créez-vous pas, vous-même, la controverse en précisant : « Même si la Constitution ne mentionne pas expressément leur cas. », je fais économie de mon précieux temps pour vous laisser en découdre avec le savoir de tout connaitre sauf votre ignorance.

Monsieur Moussa Iboun CONTE, quel mandat avez-vous reçu de l’AGEPI pour produire votre tribune ? Ne confondez-vous pas, vous-même, votre fonction de président de l’AGEPI à votre opinion personnelle pour agir comme vous l’avez fait ?

Ne savez-vous pas que tous les magistrats appartiennent au même corps de magistrature, malgré les différences de fonctions relatives aux magistrats assis et debout (et non pas « débouts », tel que vous l’écrivez, puisque vous l’avez répété plus de deux fois).

En effet, c’est avec beaucoup de difficulté que j’ai pu comprendre votre langage qui me surprend, venant du président de l’AGEPI. Je déplore que la hâte et le désir de

nuire à la réputation de M. THIAM ne vous aient pas permis de faire une heureuse construction de phrases

Excusez la crudité de ma vérité, vous avez menti quand vous avez dit dans votre texte qu’ « il n’appartient pas à monsieur Mohamed Aly Thiam de parler en leur place, en ce sens qu’il n’a reçu d’aucun mandat de représentation de ses mandants ».

Pour votre gouverne, je vous rappelle que Mohamed Aly THIAM tient son mandat de sa brillante élection des magistrats du Statut de l’AMG, dont l’article 34 dispose que « Le Président du Conseil d’Administration représente l’Association à tous les actes de la vie Civile. Chargé de l’orientation et du contrôle, le Président assure la coordination des activités des membres du Conseil d’Administration et représente l’Association auprès des autorités civiles, militaires, administratives et judiciaires. Il peut déléguer ce pouvoir à l’un quelconque des membres du Conseil d’Administration ou de l’Association. Il organise et suit les relations de l’association avec d’autres organisations nationales ou internationales. Il convoque et dirige les réunions du Conseil d’Administration et de l’Assemblée Générale. Il préside les Assemblées Générales ordinaires et extraordinaires. Le président est le directeur de publication de toutes les publications diffusées au nom de l’association qui en requièrent un. »

Monsieur Moussa Iboun CONTE, vous poussez le bouchon jusqu’à écrire : « Or, il appartient uniquement à tout magistrat débout, qui se sent concerné par des propos qu’il estime non fondés, de saisir qui de droit ». N’y aurait-il pas un peu d’exagération, monsieur le président de l’AGEPI ? J’en suis à me demander qu’est-ce qui vous aurait poussé à vous substituer aux magistrats pour écrire cela, non sans un certain culot. Insinueriez-vous que Monsieur THIAM ne serait pas magistrat ?

Votre mépris de la justice et votre complaisance pour le ministre d’Etat commandent une analyse rétrospective de la phrase que vous ne trouvez guère blessante, alors que ce dernier déclare que : « Et ce n’est certainement pas la volonté ou l’humeur de quelqu’un ou des rancœurs exprimés parfois dans la presse par des procureurs improvisés et mal intentionnés ». Je vous invite à utiliser cette phrase en remplaçant le mot « procureurs » par « journalistes » ; ne ressentez-vous pas une certaine indignation si vous êtes du nombre de ceux qui exercent leur métier avec sacerdoce ? Et si par extraordinaire vous ne ressentez rien comme blessure ou indignation, ni par conscience personnelle ou professionnelle et ni même par solidarité corporative, je vous conseillerais de démissionner de votre fonction de président de l’AGEPI.

Par ailleurs, si vous estimez comme vous le soutenez qu’il y a les « comportements indélicats de certains magistrat débouts », pourquoi ne les poursuivriez-vous pas devant le la formation disciplinaire du Conseil Supérieur de la Magistrature, seul organe de discipline qui fonctionne sans complaisance dans le pays?

Faisant valoir ‘’le droit de donner son avis’’ que vous reconnaissez à la personnalité dont vous endossez la défense, vous refusez le même droit à Monsieur THIAM. Comme journaliste, de surcroît président de l’AGEPI, il me semble que la règle d’égalité des citoyens énoncée itérativement dans la Constitution est d’une inviolabilité absolue.

D’abord, il résulte de l’article 1er alinéa 2 de ce texte que la République de Guinée « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, d’ethnie, de sexe, de religion et d’opinion ».

Ensuite, l’article 8 du même texte reconnait que « tous les êtres sont égaux devant la loi », et que « Nul ne doit être privilégié ou désavantagé….. ».

Si vous estimez qu’ « Une telle assertion de monsieur le ministre d’Etat n’a rien de blessant », trouvez-vous normal qu’il jette l’anathème sur le corps judicaire en violation du principe de neutralité du service public prévu à l’article 26 de la Constitution que vous avez bien voulu rappeler, et qui dispose que : « Quiconque occupe un emploi public ou exerce une fonction publique est comptable de son activité et doit respecter le principe de neutralité du service public. Il ne doit user de ses fonctions à des fins autres que l’intérêt de tous » ? Pourquoi dédaignez-vous les hommes et femmes de votre nation qui ont la noble mission de rendre justice ?

Monsieur le président de l’AGEPI, il me semble que vous souffrez vainement à la place de quelqu’un qui n’a point besoin de vos services et qui déclare : « mais je connais aussi parfaitement mes droits que je défendrai avec honneur et dignité ».

Monsieur THIAM est un digne et honorable magistrat, parmi les meilleurs de ce corps, ne vous en déplaise. Il a le mérite d’avoir enseigné et formé plusieurs générations de magistrats qui comptent parmi les meilleurs de cette corporation.

En écrivant sa lettre, M. THIAM a eu la modestie de dire qu’elle représente son opinion personnelle, avec cette précision qu’elle lui a été inspirée par l’appel de nombreux magistrats. Vous, qu’est-ce qui vous a inspiré votre tribune, du moment que vous n’étiez pas destinataire de la lettre, qui ne concernait nullement votre corps de métier, ni l’AGEPI ?

Alhassane Mabinty CAMARA

Secrétaire à la presse et à la formation de l’AMG

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