Rafiou Sow, sur le front de l’alternance pacifique au pouvoir: «Nous allons remporter le combat du siècle»


Epaulé par l’Ufdg, le principal parti d’opposition, le leader du PRP est devenu l’une des pièces maitresses du Front national pour la défense de la constitution. Rafiou Sow est déterminé à défricher le chemin de la victoire de son camp, comme il l’a fait pour la réélection du président Alpha Condé en 2015. Tout un challenge pour cet ingénieur, formé à l’école Suisse, devenu en si peu de temps un jeune loup de la politique dans son pays. Nous l’avons interviewé grâce à la magie du web.

Le Populaire : Nous sommes à quelques mois de la fin de l’année, comment résumez-vous le parcours de 2019?

Rafiou Sow: Au PRP nous disons que l’année 2019 a été marquée sur le plan social, politique et économique par un recul démocratique énorme, avec des impacts négatifs inestimables sur le quotidien des Guinéens. Je vais citer seulement trois indicateurs qui permettent d’évaluer cette situation intolérable. Il y a d’abord, la déchirure du tissu social due à la gangrène de la mauvaise gestion politique du pays et dont les conséquences sont le régionalisme et le clanisme. A cela, il faut ajouter le règne de l’arbitraire qui a pris des proportions inquiétantes. Et en fin, l’état de paupérisation des ménages où malgré la bravoure légendaire des guinéennes, il est devenu rare de voir la marmite bouillir une seule fois par jour. D’autres vous diront même que la pauvreté des ménages a atteint un niveau jamais vu depuis l’indépendance à Conakry et dans les coins les plus reculés de la Guinée. Je ne vous apprendrai pas que la destruction de l’écosystème et le pillage des ressources économiques par un groupe de nantis au détriment des populations inquiètent à plus d’un titre les pays qui contribuent à l’enracinement de la bonne gouvernance devant nous aider à parachever la transition par l’avènement d’une alternance au pouvoir pour la première fois après le départ des militaires. Là, il faut dire que les pays amis et tous les partenaires de développement de la Guinée sont unanimes à que nous le recul démocratique a atteint un niveau extrêmement préoccupant depuis la crise électorale accentuée par le lancement de cette affaire de révision constitutionnelle.

A votre avis, pour quelles raisons évidentes les partis de l’opposition au régime Alpha condé ne parviennent-ils pas à s’entendent sur la composition des listes des démembrements de la Ceni? 

Au fait, il y a plusieurs raisons à cela. L’une des raisons, c’est que le code électoral a été révisé à l’Assemblée nationale sans impliquer ou consulter toutes les parties prenantes comme le Prp, notre formation politique qui membre du collectif des  partis extras parlementaires, qui avaient pourtant leur mot à dire. L’autre raison est que beaucoup de formations politiques n’utilisent la loi qu’à leur profit. C’est-à-dire que, quand ça leurs arrangent. Par exemple, regarder l’installation des conseils de quartier ! Vous constaterez que très peu de partis font l’effort pour obliger le gouvernement à procéder à leur installation. Donc, à ce niveau, le Rrp et ses alliés dénoncent le manque de volonté du régime Alpha Condé à installer les chefs de quartiers, et la détermination de certaines formations politiques à vouloir se battre pour le statu quo.

Comment voyez-vous l’attitude vos anciens amis de la mouvance présidentielle qui ne font pas de bruit sur cette affaire de listes pendant que l’opposition s’entredéchire ?

Mon expérience dans la mouvance m’amène à dire que nous devons savoir gérer nos querelles dans l’opposition, nous devons rester soudés même dans les divergences, sinon nous courront de gros risques. A la mouvance, quand j’y étais, lorsqu’il arrivait que l’opposition se coince, nous nous suivions notre logique même si nous savions que nous sommes tous partenaires du processus électoral et que nous devons compétir ensemble. C’est comme dans le sport, le tennis que je connais bien, si votre adversaire a de la peine dans son camp, ça vous arrange puisque vous cherchez à marquer des points. Mais dans le cadre de la discipline collective du Fndc, il faut reconnaître qu’à ce niveau, le Prp est à l’écoute de son allié de l’Ufdg qui a promis de lui redistribuer une partie de son quota que la loi actuelle lui attribue.

Vous croisez les bras et attendez. C’est cela ?

Non, pas du tout !

Vous n’exigez rien de votre allié. Voulez-vous dire que vous savez compter sur votre docilité face à votre allié de l’Ufdg?

Nous sommes un allié discipliné et réaliste. Nous venons de la mouvance présidentielle où nous avions la même attitude. Dans notre nouveau camp aussi, nous savons que l’Ufdg est un parti qui tient à sa parole d’honneur. Nous savons également qu’il a été toujours un grand baobab protecteur qui a réussi à tracter beaucoup de partis vers des positions éligibles. Nous sommes surtout d’accord que ce parti a une expérience des alliances et que l’aventure politique sur le terrain guinéen est parsemée d’embuches tout comme de désillusions et d’actes d’ingratitude notoire connus de tous les acteurs politiques actuels. Mais comme vous le savez, le Prp a toujours un parti allié sincère dans sa ligne et dans ses actes. Vous m’avez vu dans l’arène lorsque le parti a décidé souverainement d’accompagner le président Alpha Condé à l’élection présidentielle de 2015. Vous avez aussi vu comment les membres du Prp et personnellement, moi leur leader, travaillons nuit et jour aux côtés des militants du parti du chef de file de l’opposition depuis que nous avons pris la décision qui quitter officiellement et définitivement la mouvance présidentielle. C’est vous dire que nous nous ne tordons jamais la main de notre allié. Nous voulons que l’on nous juge toujours à la tâche. Ça, je pense que nos anciens partenaires de la mouvance présidentielle vous le confirmeront. C’est d’ailleurs pour cela que nous n’avons jamais manqué de soutien dans les moments difficiles que nous avons traversés ces dernières années.

Le Prp est-il bien loti dans cette perspective ?

Oui, bien sûr ! Quand j’évalue les résultats obtenus en si peu de temps, je peux vous dire ici et maintenant que le Prp est un parti jeune mais bien loti.

Un jeune loup de la politique?

Je vous laisse le soin de faire ce commentaire. Mais laissez-moi vous dire que je suis moi-même agréablement surpris de la nouvelle dimension du Prp. En vérité, il n’avait pas atteint ce niveau d’expérience, il y a quelques années en arrière. Aujourd’hui, nous sommes en train d’atteindre des objectifs politiques intéressants qui font que nous sommes sollicités de part et d’autre dans l’opposition. Cela, je le dois aux jeunes cadres du Prp qui sont à l’œuvre, mais aussi et surtout aux amazones du parti qui évoluent bien dans les différentes commissions de travail mises en place pour dérouler le tapis du palais Sèkhoutouréya au président Cellou Dalein Diallo en 2020. Nous travaillons et nous voulons mériter le fruit de nos efforts. Donc, oui, il se pourrait que le Prp obtienne une bonne représentativité dans cette perspective des listes des démembrements de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), mais encore une fois tout dépendra de notre allié qui est bien positionné en tant que grand baobab de la politique guinéenne. Dans le cadre des perspectives nationales, disons que, pour être honnête, nous ne sommes pas totalement rassurés par les nouvelles qui nous parviennent de la Ceni, mais avec notre allié et les autres membres de l’opposition républicaine nous mettons la pression sur le gouvernement. Parce que les recommandations des experts internationaux qui ont audités  le fichier électoral n’ont pas encore été prises en compte dans leur généralité par la Ceni. Ce qui guide notre position, c’est le fait que qu’aucune élection, qu’elle soit législative ou présidentielle, ne soit possible pour le moment avant l’application pleine et intégrale de ces recommandations.

Même après la mise en place des démembrements de la Ceni ?

Vous pensez que cela va ouvrir la voie à l’organisation des législatives courant 2020? Au Prp, nous insistons sur l’application des recommandations. Nous appelons la Ceni à assainir le fichier électoral d’abord. Car, depuis maintenant deux ans, nous nous sommes inscrits dans l’émancipation politique de la Guinée qui passe nécessairement par la tenue de bonnes élections.

Qu’est-ce que cela préconise, selon vous ?

Pour de bonnes élections, il faut de bonnes bases indiscutables comme un fichier électoral propre dans lequel chaque électeur est enregistré convenablement sur des données fiables et incontestées. Dans cette dynamique, nous estimons être du bon côté de l’histoire parce que nos voisins ont réussi à faire cela chez eux avec le soutien des Etats-Unis, de la France et des autres pays de l’Union européenne partenaires de la démocratisation et de l’alternance pacifique en Afrique.

Vous qui avez appuyé le candidat Alpha Condé en 2015, soutenez depuis l’an dernier l’opposant Dalein Diallo. Quel est votre pronostic sur le challenge prochain ?

Dans ce domaine, nous sommes rassurés qu’en restant déterminés dans le respect des règles du jeu électoral par tous avec l’arbitrage de nos amis occidentaux qui observent le déroulent des élections en qualité d’observateurs et combatifs sur le terrain de la libre expression comme nous le faisons d’ailleurs, nous pourrons installer démocratiquement le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo à la tête de la république de Guinée dans un climat électoral apaisé et qui va satisfaire tous les Guinéens et amis de la Guinée qui rêvent d’une alternance politique dans une ambiance digne d’être cité en exemple par les historiens de la politique africaine entre le président sortant et le président entrant.

Par Le Populaire

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