RDC: les marches du Comité laïc brutalement dispersées

En République démocratique du Congo (RDC), les marches organisées, ce dimanche matin 25 février, à la sortie des messes, à l’appel du Comité laïc de coordination (CLC) ont été dispersées par les forces de l’ordre à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays. Des tirs de gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles ont été signalés. Des sources hospitalières annoncent un mort et deux blessés par balle à Kinshasa mais ce bilan est contesté par le porte-parole de la Police qui parle, de son côté, d’un blessé grave atteint par une balle en caoutchouc. Il y a également deux blessés par balle. Les manifestations ont été dispersées également à Lubumbashi et Kisangani.

Dans la matinée, à Kinshasa, la capitale, la police a aussi dispersé à coups de gaz lacrymogènes, les marcheurs qui se trouvaient à la paroisse Saint Michel, à quelques mètres de la paroisse Saint-François de Salle. Les jeunes du quartier se sont heurtés au dispositif policier déployé, de même que les paroissiens à leur sortie de l’église. Ils ont été dispersés par des gaz lacrymogènes. On a également entendu des tirs à balles réelles.

Témoin sur l’intervention brutale des Forces de l’ordre dans la commune kinoise de Lemba

A Kinshasa, on signale un mort, un homme qui se trouvait dans une paroisse de Lemba et dont le décès a été constaté à l’hôpital. Il y a également deux blessés par balle.

Le père Tabu, curé de la paroisse Saint-Benoît, à Lemba, raconte à RFI comment la police est intervenue aux environs de 10h00 pour disperser les manifestants.

« La situation a vraiment dégénéré. On est en face d’une barbarie qui n’a pas son nom. Des Forces de l’ordre sont venues et ont commencé à tirer et, comme la fois dernière à balles réelles. Nous attendions les amis de la paroisse Saint-Augustin et de Saint-Laurent. Dès leur arrivée, la police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes, cherchant à disperser les gens. Les gens ont commencé à résister et je pense que c’est à ce moment-là qu’ils ont commencé à tirer à balles réelles parce qu’il y a des blessés. A l’heure actuelle, la situation est tendue. Ils ont barricadé la paroisse. Des paroissiens et tous les manifestants sont enfermés dans l’enceinte de la paroisse. Ils les empêchent de sortir », a-t-il constaté.

« La répression était vraiment terrible »

Cette nouvelle journée de marche à l’appel du Comité laïc contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila était également interdite à l’intérieur du pays.

Gaz lacrymogènes, tirs à balles réelles, coups de bâtons… A Kisangani, les forces de l’ordre ont violemment réprimé la marche des chrétiens. Au niveau de la cathédrale Christ-Roi, dans la commune de Mangobo, deux manifestants ont été grièvement blessés, selon des témoins, joints au téléphone. Trois prêtres ont été également interpelés et embarqués dans une jeep par la police.

Joint par RFI, Blaise Monduka, a tenté de manifester aux abords de la cathédrale de Kisangani.

« La police a réagi vraiment brutalement. Il y a eu des coups de balles, des bombes lacrymogènes. Ils ont bloqué toutes les issues. Une personne a été blessée à la jambe et au niveau du cou. Une autre personne a été tabassée. Elle était devant moi. Ce que je vous dis, c’est ce que j’ai vu. La répression était vraiment terrible. La Monusco est venue mais elle est arrivée trop tard. C’était déjà fini », a-t-il témoigné.

A Lubumbashi, un camion remorque en provenance du poste frontière de Kasumbalesa, a été incendié avec toute sa cargaison à l’entrée de la ville. Peu avant, la police et l’armée avaient également dispersé des rassemblements de manifestants à la cathédrale Saint-Pierre et Paul et dans au moins quatre autres paroisses. Des maisons supposées appartenir aux policiers ont été incendiées à Bandaka, après des tirs de sommation pour dissuader la population à manifester.

Dans d’autres villes, comme Goma, Bukavu et Kikwit, les marches ont été étouffées. La police et l’armée étaient déployées massivement dans les rues.

Il faut également ajouter qu’Internet a été coupé.

Ce matin, la situation était calme pourtant à la paroisse Saint-François de Sales à Kitambo, quartier nord de Kinshasa, où s’était rendu notre correspondant. Il y a eu plus d’affluence que d’habitude et devant l’église les partis de l’opposition et membres du mouvement citoyen se disaient déterminés à marcher.

Les check-points de la police avaient été renforcés par des militaires mais semblaient moins nombreux que les 31 décembre et 21 janvier derniers, lors des précédentes marches qui avaient été violemment réprimées.

RDC: devant la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa ce dimanche matin 25 février 2018. © REUTERS/Goran Tomasevic

Source RFI

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