Recettes minière : une baisse peu justifiable ?

« Au niveau des recettes du secteur minier, les prévisions ont été ramenées à 2 675,2 Mds contre une prévision initiale de 2 934,3 mds. La baisse de 259,10 Mds s’explique principalement par la diminution des contributions attendues de la SAG pour des raisons de procédure de compensation et de la CBG pour la prise en compte de l’alimentation des villages de Kamsar en électricité. »

Le ministre Ismael Dioubaté par cette sortie devant les députés, relance – sans être conscient de l’enjeu – le défi sur la canalisation et la réorientation de l’activité minière afin qu’elle bénéfice à la Guinée, à sa population et aux générations à venir. La démarchedevrait relever en grande partie du contrôle des institutions publiques, du contre-pouvoir démocratique et de la participation de la société civile.

Après tout, le secteur minier est le moteur de la croissance en Guinée, en plus d’être le premier contributeur du budget national (le budget de la Guinée en 2018, les recettes intérieures c’est 15 000 milliards 800 millions de GNF. Ces recettes réparties par secteur, montre que les recettes minières constituent la plus grande part) et le revenu du secteur minier représente aujourd’hui 25% du budget national.

Ce qui est regrettable, l’essentiel de l’exploitation minière est destinée à l’exportation, dont elle représente jusqu’à 90% des recettes totales. Cela crée, selon des experts, un double problème de dépendance et de concentration. La Guinée est ainsi très dépendante de l’exportation de quelques matières premières, dont les prix fluctuent grandement sur le marché mondial – au risque de provoquer une gestion des ressources publiques en « dents de scie » – et sur lesquels elle n’exerce pratiquement aucun contrôle. Concentration également en termes de destination : principal destinataire, l’Inde absorbe plus d’un quart des exportations guinéennes, et celles-ci étaient composées à 65% d’or (à près de 95% de ressources minières et pétrolières). À l’instar des pays riches en ressources naturelles, la Guinée est également engagée dans un rapport asymétrique et dépendant avec la Chine, principale source de ses importations. Les exportations vers le géant asiatique sont composées à 99% de bauxite. Il y a lieu de rappeler que la production de bauxite, dont on tire l’aluminium, a en effet triplé en quatre ans, de quelque 20 millions de tonnes en 2015 à près de 60 millions en 2018. L’an dernier, la hausse a été de 31 %. Cela grâce, d’une part, à l’entrée en production de nouveaux acteurs, chinois notamment, et, d’autre part, à une optimisation de la logistique.

Mais, toutes ces réalités ne sont pas perceptibles sur le terrain : manque d’emploi, déforestation, appauvrissement, etc. Et l’Etat ne dit rien, s’il ne pique pas tout simplement toutes les ressources financières aux populations locales.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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