Roukiata Ouedraogo parle de sa jeunesse au Burkina Faso

Comédienne, chroniqueuse radio, Roukiata Ouedraogo publie un livre sur son enfance à l’époque de Thomas Sankara.

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La comédienne et chroniqueuse burkinabè Roukiata Ouedraogo publie à Paris son premier livre, « Du Miel sous les galettes », aux éditions Slatkine. Avec ce livre autobiographique, l’auteure emmène le lecteur au Burkina Faso entre Fada N’Gourma et Ouagadougou. Elle retrace l’emprisonnement injuste de son père et le combat de sa mère contre cette erreur judiciaire.

Dans ce livre, Roukiata Ouedraogo rend aussi un hommage vibrant à sa mère. Elle évoque également son enfance sous le régime de Thomas Sankara, son excision à l’age de trois ans. Nadir Djennad a rencontré l’auteure à Paris.
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DW : Roukiata Ouedraogo, bonjour.

Roukiata Ouedraogo : Bonjour!

DW : Votre roman retrace l’emprisonnement injuste de votre père par le procureur de Fada N’Gourma. C’est la ville où vous avez grandi. Cela s’est passé au début des années 1980 et votre livre aussi relate le combat de votre mère contre une erreur judiciaire. Qu’est ce que vous retenez aujourd’hui de ces épreuves?

Roukiata Ouedraogo : Aujourd’hui, ces épreuves ont rendu beaucoup plus forte ma famille, beaucoup plus soudée. On est sortis de cette histoire plus soudés et je pense que moi, ça m’a donné aussi une force pour me battre dans la vie.

DW : Ce livre est un hommage à votre mère qui s’est battue sans relâche contre cette erreur judiciaire. Est-ce que vous pensez que ce courage des femmes africaines n’est pas suffisamment raconté aujourd’hui?

Roukiata Ouedraogo : Non. Je pense que cette force n’est pas suffisamment racontée et on devrait la porter haut et fort parce que les femmes africaines sont courageuses. La femme en général, elle est courageuse. Mais les femmes africaines, j’en parle parce que j’ai grandi avec des femmes africaines. Je viens d’un pays où je vois les femmes travailler dur. J’ai eu la chance de voyager avec mes spectacles dans quelques pays africains. Et à chaque fois, j’ai vu comment les femmes se battent pour subvenir aux besoins de la famille, payer la scolarité de leurs enfants, et même nourrir les enfants et surtout, payer les frais de santé pour leurs enfants. Vous savez, les femmes chez moi, sont détentrices de valeurs morales, sociales, culturelles et traditionnelles. Elles sont les gardiennes du foyer, donc elles ont un rôle très important. C’est la femme qui gère tout. On dit que la femme, c’est la ceinture qui porte le pantalon de l’homme. Un proverbe africain dit ça et je suis tout à fait d’accord avec ça.

DW : Dans ce livre, vous abordez des thèmes personnels : la naissance de votre enfant, mais aussi votre excision à l’âge de 3 ans. Ce passage est bouleversant. Vous parlez d’une « lame froide qui pénètre ma chair. J’ai hurlé de tout mon corps. Je croyais que j’allais mourir ». Comment se construire ou se reconstruire après une telle épreuve?

Roukiata Ouedraogo : Difficilement, mais on s’en sort, on s’accroche. Moi, vous savez, quand je suis arrivée ici, en France, à l’âge de 20 ans, c’est là que j’ai compris qu’on m’avait fait quelque chose d’abominable. Pour moi, l’excision était quelque chose de tout-à-fait normal et tout-à-fait simple. Parce qu’on nous met ça dans la tête en Afrique, qu’une fille excisée, vaut mieux qu’une fille non-excisée, qu’une fille excisée est beaucoup plus pure qu’une fille non-excisée. Donc on grandit avec ça et on pense qu’on nous a fait du bien alors que non, c’est faux. On nous a abimées. C’est une atteinte à notre intégrité. Quand je suis arrivée ici, en discutant avec des collègues et des copines, j’ai compris qu’il me manquait une part de ma féminité qu’on m’avait retirée. On m’avait arraché quelque chose et là, à l’époque, malheureusement, je ne connaissais pas des gens pour m’aider. Moi, j’étais seule ici et c’était très compliqué. Je n’avais pas assez d’argent pour aller voir un psy. Du coup, j’ai fait un travail vraiment sur moi. Ça m’a pris des années. C’était douloureux. Après des années, je me suis reconstruite comme ça, par moi même.

DW : Dans votre livre, il y a aussi beaucoup d’anecdotes et notamment sur le climat politique de l’époque. Vous nous décrivez la période de Thomas Sankara? Vous avez dit dans votre livre que pour beaucoup, ce fut une période de grand enthousiasme, pour d’autres, une période de grande inquiétude.

Roukiata Ouédraogo : Absolument. Parce que Thomas Sankara était un révolutionnaire. C’est quelqu’un qui est arrivé au pouvoir avec l’envie de bouger et de faire changer les choses. Et oui, il avait raison. Mais Thomas Sankara reste Thomas Sankara, celui qui qui a changé les choses. Ça reste une icône, absolument. Thomas Sankara s’est battu pour l’égalité homme-femme. C’est quelqu’un qui a voulu faire bouger les choses. C’est dommage que ça se soit arrêté.

DW : Est-ce que vous avez des souvenirs d’enfance concernant cette période, notamment? Comment ça se passait à l’école ?

Roukiata Ouédraogo : La fête de l’Indépendance était à l’époque le 4 août. Les élèves défilaient avec des uniformes, comme des petits pionniers. « Oser lutter, savoir vaincre. Vive la révolution! En avant pour la révolution! La patrie ou la mort! Nous vaincrons! » Et on avait appris ça par cœur.

DW : Je suppose que vous suivez l’actualité politique de votre pays. Il y a eu des élections le 22 novembre dernier. Le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, a été réélu dès le premier tour. Qu’est ce que vous attendez aujourd’hui du président de la République burkinabè?

Roukiata Ouédraogo : J’attends beaucoup de choses de la part de mon président. J’espère qu’il va pouvoir régler certains problèmes. Il y en a beaucoup, certes. J’espère qu’au niveau de la santé, au niveau des femmes, au niveau des maternités, parce que je sais qu’il y a des femmes qui meurent en couches, je sais que c’est compliqué au niveau des hôpitaux. En tout cas, j’espère que les hôpitaux vont être équipés pour recevoir les malades convenablement.

DW : Merci beaucoup.

Roukiata Ouédraogo :  Merci à vous.

Source: dw.com

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