Roy Moore, la fausse informatrice et le « Washington Post »

Project Veritas voulait faire mentir le « Washington Post ». Il ne savait pas à qui il avait à faire ! Le quotidien américain révèle lundi 27 novembre avoir déjoué les plans d’une fausse informatrice qui aurait tenté de discréditer l’enquête menée sur Roy Moore, le candidat républicain au Sénat américain accusé d’agression sexuelle.

Selon le « Washington Post », une femme a contacté un des journalistes auteurs de l’enquête, quelques jours après les premières révélations. Elle affirme avoir eu une relation sexuelle alors qu’elle avait 15 ans avec Roy Moore, un ancien magistrat ultraconservateur, et que celui-ci l’avait convaincue d’avorter. Elle dit s’appeler Jaime Phillips.

Le « Washington Post » a été le premier média à publier début novembre les témoignages de quatre femmes accusant Roy Moore, candidat à l’élection sénatoriale partielle du 12 décembre dans l’Alabama, d’attouchements et de comportement déplacé à partir de la fin des années 1970, alors qu’elles étaient mineures et lui trentenaire.

Il ne conteste pas avoir fréquenté des adolescentes mais nie toute agression sexuelle.

« Lutter contre les mensonges et la tromperie des MSM »

Le journal américain, qui avait accepté de garder l’identité de Jaime Phillips secrète s’il publiait son histoire, n’a pas pu confirmer les accusations, notant plusieurs incohérences dans son témoignage. Et surtout une page internet sur un site de financement participatif, Gofundme, très étrange.

« Je déménage à New York ! », écrit une certaine Jaime Phillips. Et d’enchaîner :

« J’ai accepté un poste pour travailler dans le monde des médias conservateurs pour lutter contre les mensonges et la tromperie des MSM [Mainstream Media. Traduction : les médias traditionnels, NDLR] libéraux. Je vais utiliser mes compétences en tant que chercheuse et fact-checker pour aider notre mouvement. J’ai été licenciée de mon emploi il y a quelques mois et j’ai l’opportunité de changer de carrière. »

Capture d’écran de la page de Gofundme de Jaime Phillips.

« Lutter contre les mensonges et la tromperie des MSM » ? Tout cela ressemble furieusement à la mission que s’est donnée Project Veritas. Le but de cette organisation ? Piéger, avec de faux reporters, les grands médias accusés de partialité envers l’administration Trump. 

Plus étonnant encore, des journalistes du quotidien ont vu entrer Jaime Phillips dans les bureaux new-yorkais du… Project Veritas. Oups.

Le « Washington Post » a diffusé lundi sur son site internet un entretien de neuf minutes entre l’accusatrice et une journaliste cherchant à confirmer ses motivations. L’accusatrice a nié collaborer avec Project Veritas.

« La base d’un plan pour nous tromper »

« Nous respectons toujours les accords du ‘off-the-record’ quand ils sont faits de bonne foi », a affirmé le rédacteur en chef du « Washington Post », Martin Baron, cité dans l’article. Et d’expliquer en détail :

« Mais ces soi-disant conversations ‘off-the-record’ étaient la base d’un plan pour nous tromper et nous mettre dans l’embarras. L’intention de Project Veritas était clairement de diffuser la conversation au cas où nous serions tombés dans le piège. Grâce à notre habituelle rigueur journalistique, nous ne sommes pas tombés dans le panneau et nous ne pouvons pas respecter un accord ‘off-the-record’ fait avec une mauvaise foi malveillante. »

Donald Trump et les « fake news »

Le président américain Donald Trump a décidé de soutenir le candidat au Sénat Roy Moore, accusé d’attouchements, mais ne fera pas campagne pour lui, a annoncé lundi la Maison-Blanche dans un contexte de réforme au Congrès contre le harcèlement sexuel.

« Le président ne prévoit pas de déplacement dans l’Alabama à ce stade », a déclaré la porte-parole Sarah Sanders.

Le milliardaire a donc choisi une voie médiane pour l’élection sénatoriale partielle du 12 décembre dans l’Alabama. Le candidat républicain officiel, l’ancien magistrat ultraconservateur Roy Moore, a été lâché par son parti mais refuse de se désister, et Donald Trump a clairement dit que l’élection d’un républicain était préférable à la perte d’un précieux siège pour la majorité du Sénat, actuellement de 52 membres sur 100.

Donald Trump entretient une relation conflictuelle avec une partie de la presse américaine qu’il qualifie de « fake news » et accuse de chercher à dénigrer sa politique ainsi que sa personnalité. Il prend régulièrement pour cible la chaîne de télévision CNN ainsi que les grands quotidiens « New York Times » et « Washington Post ». Depuis son accession à la présidence, il accorde désormais la quasi-totalité de ses interviews à Fox News, qu’il regarde en boucle.

(Avec AFP)

L'Obs

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