RPG : Alpha Condé en rajoute à l’ingratitude et au reniement

On l’a souvent dit ici, Alpha Condé est incorrigible. Chez lui, il y a quelque chose qui le rapproche plutôt de l’entêtement. C’est pourquoi, son histoire de modification constitutionnelle doit inquiéter plus d’un guinéen. Mais en attendant, c’est d’autre chose dont il s’agit. Car à l’occasion de la célébration des 25 ans de son retour (le 17 mai 1991) qui a eu lieu hier, il a remis plus d’une couche dans son bras de fer avec le RPG, son propre parti. Au lieu de se repentir de son fameux « je ne dois ma victoire à personne », cette fois, il s’en prend plus directement aux siens. Les rangeant tous sous le vocable de Malinkés, il leur dit qu’ils manquent de courage, qu’ils l’avaient à plusieurs reprises trahi et que dorénavant, comme il l’aurait dit depuis des années, la Basse Guinée est plus importante dans la conquête du pouvoir que la Haute Guinée.

Ce qui devrait davantage révolter dans cette nouvelle sortie du président de la République, c’est le fait d’indexer une ethnie et de l’étiqueter péjorativement. Dans le contexte que le pays traverse, on risque bien de ne pas lui pardonner des propos tels que ceux-ci :

« Aujourd’hui, vous dites Malinké, Malinké. Cela veut dire quoi ? Moi, je ne suis pas venu pour travailler pour une ethnie. Des gens les plus malhonnêtes de ce pays, ce sont des cadres Malinkés car, ce sont eux qui partaient voir le général Lansana Conté pour être nommés afin de combattre le RPG. Ceux qui s’agitent, laisser-les s’agiter. On ne peut être trahi que par ses amis et tel a été toujours le cas. Les gens ne savent pas, le RPG est habitué (…) Tous ceux qui ont mené la lutte clandestine, il y avait aucun Malinké dedans. Je répète aucun Malinké, c’était des Bagas et des gens de Lola ».

A la guerre comme à la guerre, c’est visiblement le chemin que choisit le président Alpha Condé. D’autant qu’à la trahison, il ajoute désormais le reniement de tout le combat que d’aucuns ont consenti pour lui. Car il est bien réducteur de dire que tous les cadres malinkés sont malhonnêtes. Leur dénier le courage est facile pour Alpha Condé qui, dès qu’il avait chaud, avait la latitude de prendre son avion ou de se faire aider pour un ami président de la République.

Mais ceux dont il a insulté la mémoire hier n’avaient pas un tel privilège. Ceux-là, quand ils faisaient prendre, ils pouvaient le payer par leur limogeage de la fonction publique. Mais de cela, Alpha Condé n’en a cure. Lancé comme il est contre sa propre base, il ne veut plus rien entendre. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à révéler des secrets qui n’avaient nécessairement à être mis sur la place publique. En effet, selon lui, les militants malinkés seraient allés jusqu’à lui suggérer le sacrifice humain pour accéder au pouvoir. Proposition qu’il aurait déclinée.

Pourquoi diaboliser ainsi sa propre base électorale pour se donner le beau rôle ? Plutôt curieux comme stratégie même de la part du président Alpha Condé. En fait, le chef de l’Etat a visiblement décidé de tirer un trait sur le RPG. Réalisant qu’entre lui et le parti, le divorce est consommé, il veut donner l’impression que c’est lui qui coupe le pont. Ensuite, l’idée est certainement de faire la cour à la Basse Guinée. Faut-il y voir l’histoire du rachat du PUP ? Pourquoi pas ? En tout cas, dans ses propos d’hier, il a aussi rappelé quelque chose qui n’est certainement pas anodin :

« En 1991, dans ma cour, à Mafanco, j’ai dit devant mes militants qu’un jour viendra, la Basse-Guinée donnera plus le pouvoir au parti qu’eux. Ils se sont fâchés en me rétorquant que ce sont pourtant eux qui sont sous le chaud soleil et la pluie ».

On ne peut certainement être plus clair.

Anna Diakité,www.kababachir.com

 

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