Séjour prolongé de Dalein : supputations et grosse angoisse !

S’il y a bien deux mots qui collent parfaitement bien avec le séjour prolongé de Dalein Diallo à l’étranger c’est bien : supputations et grosse angoisse. Parti de Conakry depuis dans un contexte humiliant et irrespirable – déguerpi comme un taureau récalcitrant de sa modeste maison qu’il a d’ailleurs vu finalement démolie comme un château de cartes, puis visé par une enquête pour corruption présumée dans l’affaire Air Guinée – le président du principal parti politique du pays estiment qu’ils veulent attaquer sa « réputation et son honneur ».

La conjugaison du climat irrespirable lié à la gestion de la transition, des accusations portant sur la vente d’un bien de l’État concernant le Boeing 735, un Dash 7 et d’importantes pièces de rechange de Air Guinée ainsi que les installations de Air Guinée basées à l’aéroport de Conakry, ajoutée à d’autres manœuvres et ennuis politico-judiciaires sont loin de rassurer Dalein Diallo au moment même où  est requise l’ouverture d’une information judiciaire pour des faits de malversations dans la passation des marchés publics, corruption, enrichissement illicite, détournement de deniers publics, recel de biens.

Pour le cas d’Air Guinée, Dalein clame sans cesse son innocence. Et d’ailleurs, récemment, il déclarait : « Je suis heureux aujourd’hui que l’on décide que le dossier passe à la justice, parce que votre président ne se reproche de rien. Tous ceux qui ont travaillé avec moi, que ce soit à la Banque centrale, aux grands projets ou dans les ministères, ont confiance en moi. Certains l’ont témoigné ici, je ne suis pas un homme d’argent. La gestion qu’on a faite, on est tous fiers. Vous ne pouvez pas soupçonner Alpha Condé de complicité ou de complaisance avec moi. Tous ces dossiers, ils les ont regardés pour essayer de voir si on pouvait salir la réputation de Cellou ou le disqualifier de la vie politique. Mais ils n’ont rien trouvé. »

Le second cas où Dalein est bien attendu c’est certainement ces crimes de sang présumés. En effet, le Procureur Wright a demandé au Tribunal de Première Instance de Dixinn, « d’engager des poursuites judiciaires contre toutes personnes physiques ou morales ayant participé à la destruction des édifices tant privés que publics au cours des manifestations politiques »; mais aussi « d’engager des poursuites judiciaires contre toutes les personnes qui ont en violation des dispositions légales organisé des marches ou cortèges sur la voie publique ou des lieux publics qui ont occasionné la commission des infractions présumées, objet de la présente procédure ».

Sans être nommément cité, on sait que Dalein et bien d’autres leaders politiques qui s’égosillent actuellement étaient sur macadam au nom du FNDC. Or, toutes les manifestations ou presque du FNDC étaient interdites à l’époque.

Au regard donc de toute cette panoplie de charges – certes enfantées de toutes pièces, pourraient affirmer certains proches du leader de l’UFDG -, il y a de quoi alimenter les supputations d’un côté. Et de l’autre, vivre une longue et grosse angoisse quand on est leader politique, adversaire inoxydable d’Alpha Condé et soutien précoce d’une junte aux ambitions dissimulées. Dalein Diallo est donc cet homme sur qui les projecteurs sont davantage braqués : il a fui ! Il a peur ! Il est voleur ! Il est complice ! Il s’est mis à l’abri ! On aura tout entendu. A telle enseigne que la junte, à travers le tout puissant Amara Camara s’est vu contraint de s’inviter au débat.

Ainsi, en conférence de presse le jeudi dernier, le ministre secrétaire général de la Présidence de la République, par ailleurs porte-parole de la Présidence Colonel Amara Camara a déclaré : « Ce que je peux dire vous dire avec certitude, c’est qu’il y a quelques mois en Guinée, le président Cellou Dalein Diallo était privé de certaines libertés dont la liberté de sortir du pays. L’arrivée du CNRD a rendu cela facile. Il peut partir de la Guinée et rentrer en Guinée, c’est chez lui et c’est la terre de ses ancêtres. Ce dont vous parlez, c’est vous qui me l’apprenez. Ces allégations, je ne peux pas les confirmer. »

Cette réponse subtile d’Amara n’a pas échappé à l’opinion. Elle est diversement interprétée. Dalein quant à lui fait confiance à son équipe et lui poursuit les missions de l’UFDG, loin de la Guinée. Mais, jusqu’à quand ? La réponse sera connue dans les prochains mois. Au moment même où le déminage politique est entamé avec la suspension de la récupération des biens de l’Etat, le départ d’Alpha Condé pour ses soins et éventuellement la libération de Kassory et Cie. Pourquoi pas si la junte la juge opportune, la mise en sourdine des dossiers tant brûlants que compromettant visant de hautes personnalités politiques, voire des figures des Forces spéciales elles-mêmes !

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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