Souleymane (Le lynx) : un vieux routier des persécutions


Le lundi 27 novembre 2017, Souleymane Diallo révélait avoir soutenu Alpha Condé lors que celui-ci était en prison au point de diffuser des articles incendiaires de ce dernier : « Alpha Condé a écrit de sa main des articles incendiaires. Lui et moi nous avons organisé tout un réseau pour sortir ces textes. J’ai organisé mon propre réseau pour les recevoir à l’insu de Alpha Condé pour les publier et les signer en son nom parce qu’il doit parler partout où il est, le droit d’expression est sacré. »
Aujourd’hui, c’est bien le régime de cet Alpha-là qui veut manger du lynx. Sauf que, depuis 1992, Le Lynx n’épargne personne en Guinée, de feu Lansana Conté, Fory coco à Alpha Condé, « Alpha Grimpeur ». Des sobriquets et dérisions tellement mal perçus par les autorités que Souleymane, par la force de l’inspiration et de l’audace est devenu un vieux routier de la persécution. Les convocations en justice pour « offense au chef de l’État », « falsification de document », « diffamation », etc., sous Lansana Conté, Souleymane Diallo a fait la prison à deux reprises. Le général était en effet la cible privilégiée des enquêtes de l’hebdomadaire. Conté confiait, lors de l’une de ses rares conférences de presse : « Je n’ai pas peur des critiques », Le Lynx reprendra vite la citation, associée à celle du journaliste et écrivain britannique Arthur Koestler : « L’histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles. » Aujourd’hui encore, les deux maximes figurent en manchette du journal.
Plus tard, Souleymane Diallo met en place en 2012, une radio – Le lynx FM – qui s’est vraiment fait une place dans le Landerneau médiatique guinéen. Même ton, même tempo que le satirique Le Lynx (prix Presse et Démocratie du Festival médias Nord-Sud de Genève en 2009, et a même fait l’objet, selon JA en 2014, de trois thèses universitaires en France). Plus libre en dénonciation mais plus équilibrée aussi, cette radio dérange. Après tout, « Cela ne consiste pas à critiquer le pouvoir le lundi et l’opposition le mardi, mais à prendre toutes nos décisions sans qu’aucun gros bonnet ne s’en mêle, d’où qu’il vienne. Nous sommes d’opposition, peut-être, mais nous ne sommes pas l’opposition », précisait l’un des journalistes à une consœur de JA.
Actuellement encore, Souleymane Diallo vit d’autres ennuis, certainement pires que ceux vécus d’il y a des ans. En effet, au sortir du bureau du juge d’instruction, le lundi, Me Mohamed Traoré, un des avocats du patron de presse, a déclaré que son client est poursuivi pour « complicité de production, diffusion de données, de nature à troubler la sécurité publique, porter atteinte à l’honneur et la dignité, sur le fondement des articles 32 et 33 sur la cyber sécurité. Aujourd’hui, on est en train de constater l’abandon pur et simple de la loi sur la liberté de la presse en ce qui concerne les délits commis par voie de presse. Et aujourd’hui, M. Diallo est poursuivi non pas sur la base de la loi sur la liberté de la presse, mais sur la base de la loi sur la cyber sécurité. Un texte qui est très répressif. La loi sur la cyber sécurité comporte non seulement des amendes très élevées, mais des peines d’emprisonnement. Donc, la situation est grave. »
Depuis lundi, c’est l’ensemble des médias guinéens vent débout qui se dresse contre les dérives autocratiques d’Alpha Condé. Mais, visiblement, rien ni personne ne pourront ébranler le vieux routier des persécutions. On s’attend d’ailleurs à un abandon de la procédure. Mais, l’audition à la DPJ aura été un autre signal fort qui prouve que l’opposant historique d’hier – « Il n y a pas de journalistes en Guinée… Je vais fermer les radios… » – qu’il aidait à publier les articles incendiaires est manifestement devenu aujourd’hui un bourreau redoutable des journalistes. Et Dalein Diallo de dénoncer : « Le régime poursuit sa stratégie de terreur et d’intimidations des acteurs socio-politiques et des journalistes. »

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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