Témoignage au sujet du «Constat alarmant sur le manque d’équipement des universités »

Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique : Mr Abdoulaye Yéro Baldé

Je réagis à cette déclaration du Ministre pour apporter un témoignage vivant à ce constat plus qu’alarmant de ce manque de dénuement des universités de notre pays, du reste qui n’ont que le nom d’université !

Voici donc ce que le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique dit : « Vous avez des facultés ici, notamment à la Faculté de médecine, il n’y a pratiquement pas d’équipements, et ça c’est une question très sérieuse… Nos laboratoires, nos salles de travaux d’équipes soient équipées au minimum. Parce que vous ne pouvez-pas enseigner, en médecine ou en génie civile ou encore la biologie avec des étudiants qui ne peuvent pas aligner la théorie à la pratique .C’est la question fondamentale de l’adéquation entre formation et emploi ».

Cette déclaration du ministre guinéen à l’Enseignement Supérieur sur le manque d’équipement des universités montre une fois de plus l’amateurisme et la désinvolture avec lesquels la gouvernance de notre pays a toujours géré l’Enseignement en Guinée.

La vérité est têtue, les faits sont là, ils sont alarmants, malgré les belles rhétoriques de certains inconditionnels pour défendre encore le système arriéré du parti-Etat : P.D.G.-R.D.A., P.U.P., R.P.G.-AEC . Aujourd’hui personne de crédible ne peut nier l’état de décrépitude de notre pays car la gouvernance de la Guinée a toujours été basée sur le bluff, la propagande, l’improvisation, et le mensonge !

Je témoigne à propos de ce constat alarmant du Ministre car cette situation est la même depuis la création de la faculté de médecine en 1967 ! Je le dis en connaissance de cause car je suis de la première promotion de cette faculté de médecine créée e à l’improviste du jour au lendemain par décret du président Ahmed Sékou Touré.

Nous étions dix -neuf étudiants inscrits cette année –là pour faire médecine qu’on a jetés hâtivement dans une salle de classe de la faculté d’agronomie, sans livres, sans laboratoires, sans professeurs , sans aucun programme !

Cette Faculté a donc été créée alors qu’il n’y avait pas une salle de classe prévue à cet effet. L’argument de cette création improvisée a été que les étudiants guinéens n’iraient désormais plus faire médecine à l’étranger, car ils ne revenaient pas au pays après leurs études !

Inutile de dire combien nous étions désemparés. Nous passions le plus clair de notre à ne rien faire. Pour nous occuper, le rectorat de l’université nous a envoyé deux professeurs de botanique, deux allemands de l’ex-RDA, qui parlaient à peine le français, mais ils nous apprenaient la structure de la fleur : pétale, pistil!

Devant cette situation rocambolesque, nous avons fait des pieds et des mains pour trouver une solution, nous avons rencontré certains ministres, afin qu’ils plaident en notre faveur auprès du président. Rien n’y fait. En désespoir de cause nous avons décidé de demander audience pour rencontrer le chef de l’Etat lui-même. C’est ainsi que le président A.S.T. nous a reçus un jour pendant à peine dix minutes et nous a renvoyés chez le ministre de la santé Mr Maïmouna Touté, qui venait d’envoyer son frère cadet issu de notre promotion en Suisse pour faire médecine.

La faculté de médecine de Conakry née en 1967 était une coquille vide. Malheureusement, elle le demeure cinquante ans(50) après !

Comment peut-on parler de faculté de médecine, sans bibliothèque, sans laboratoire, sans librairie médicale, sans travaux pratiques ?

Comment peut-on sérieusement prétendre former des médecins sans un corps professoral déjà bien structuré !

C’est pour cette raison que la plupart d’entre nous se sont enfuis pour aller faire leurs études en médecine à Dakar et à Abidjan!

Aujourd’hui hélas force est de constater que depuis 1958 c’est la même situation d’amateurisme, d’improvisation de propagande du système du Parti-Etat qui continue au grand désespoir des populations.

Ce système a complètement ruinée notre à travers deux domaines essentiels au développement socio-économique : l’Enseignement et la Santé.

En conclusion, je le dis au risque de me répéter que notre pays est bien malade et sa seule MALADIE est la MALGOUVERNANCE ; tous les autres maux sont les conséquences.

Vive la Paix

Vive la Guinée.

Dr. Bakary Diakité

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