Tenue à Kountia d’une conférence sur l’immigration clandestine

L’immigration clandestine, en dépit du nombre élevé de victimes notamment dans le désert ou en mer Méditerranée, a connu une nette hausse ces dernières années à travers le monde. La Guinée, l’un des plus grands fournisseurs de migrants d’Afrique, assiste au départ massif de ses jeunes.

Pour évoquer le sujet, des étudiants de la licence 3 Communication de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) de Kountia, situé dans la préfecture de Coyah (à une trentaine de kilomètres de Conakry), ont organisé, ce samedi 11 février, une conférence de presse dans l’enceinte dudit institut.

Dans son exposé, le conférencier Abdoul Aziz Diallo, chargé de programmes et campagnes à Amnesty International Guinée, est revenu sur les causes et les conséquences de l’immigration clandestine avant de proposer des solutions face à ce fléau qui a endeuillé plusieurs familles guinéennes ces derniers mois.

Parlant des causes, M. Diallo a cité « la pauvreté, la mauvaise lecture de la mondialisation (caractérisée par le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication), les fausses idées (vie meilleure, attractivité des universités occidentales, images paradisiaques projetées par les médias, etc.), le manque d’emplois, le manque de confiance en soi » comme étant parmi les facteurs qui poussent certains jeunes à prendre le chemin de l’Europe.

Mais les migrants ne tiennent malheureusement pas compte « des conditions climatiques défavorables dans le désert et le chaos politique qui règne en Libye » depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. « Le pire avec l’immigration clandestine, c’est que ce sont les bras valides qui partent », a-t-il regretté.

Généralement, les candidats à l’immigration clandestine pensent qu’en arrivant en Europe ils ne vont pas tarder à régulariser leur situation. Pourtant, certains passent plusieurs années avant de trouver les papiers qui leur permettent de travailler légalement pour pouvoir réaliser leurs rêves.

S’agissant des conséquences, Abdoul Aziz Diallo a souligné la fuite des bras valides, la mort de certains candidats, la précarité… avant d’inviter les étudiants à ne pas abandonner leurs études sous prétexte d’aller étudier dans une université européenne. Le conférencier a en outre invité l’État à construire des universités dignes de nom en Guinée pour s’occuper de la formation des futurs cadres.

Face à ce phénomène qui a pris de l’ampleur dans le pays, il a proposé quelques pistes de solutions comme la mise en place d’une politique nationale d’insertion des jeunes, des mesures d’accompagnement des porteurs de projets à travers un système de crédit avec un faible taux d’intérêt, au lieu de « gaspiller de l’argent dans des campagnes inutiles ».

Commentaires de responsables de l’ISIC

Le thème choisi par les organisateurs n’a pas laissé indifférents les responsables de l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) de Kountia.

Le directeur général de l’ISIC, Dr. Bangaly, commentant le thème de la conférence, a pointé du doigt « l’insouciance, l’impatience, des jeunes », expliquant que parmi ceux qui entreprennent le périlleux voyage, nombreux sont issus des familles qui ont le minimum. Autrement, ils pouvaient voyager légalement en suivant les procédures mises en place par les pays de destination.

« La réussite d’un homme n’est pas conditionnée à sa présence en Occident », a pour sa part fait remarquer Dr. Iffono, l’un des encadreurs de ce institut public créé en 2006 qui accueille à ce jour un millier d’étudiants, qui a réussi à s’en sortir grâce sa formation entièrement faîtes en Guinée.

Le chef du département Communication, Maxime Manemou, lui-même formé en Luxembourg, a rappelé que l’Europe est loin d’être l’eldorado que l’on pense. « Vous êtes mieux chez vous », a-t-il lancé aux étudiants présents dans l’amphithéâtre qui a servi de cadre à cette conférence.

Thierno Diallo, Kababachir.com

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