Tierno Monénembo récompensé : envers et contre tout !

Il a refusé et assumé cette posture responsable : « manger avec ceux qui mangent l’Afrique ». Depuis, une polémique puante infeste les débats, des plus éclairés aux plus bas. Très souvent avec des préjugés sur Tierno Menénembo. Des conjecturés allant jusqu’à toucher ses appartenances politiques.

Aujourd’hui, ce sont les mêmes auteurs de ces insanités lugubres qui applaudissent, toute honte bue, la récompense de l’écrivain. Sinon qu’est-ce que le Rasta philosophe ivoirien n’a-t-il pas chanté contre la France, ou tous ces autres « salauds qui ont mis le feu sur le paradis » africain ? Personne n’a levé le petit doigt pour lui coller une étiquette politique. L’analogie ne règle pas tout, mais, ce qui échappe aux uns et aux autres, c’est bien la liberté de ton qu’ont les artistes et écrivains.  « Je ne mange pas avec ceux qui mangent l’Afrique » est la phrase indélébile de l’écrivain qui choque, parce qu’elle décline ce 10 avril une invitation du président Hollande. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’ire de certains analystes politiques, observateurs de la vie politique nationale, etc. Monénembo s’en fout.  Sa grand-mère Néné Mbo ne devrait pas s’étonner de la réaction de l’écrivain guinéen. « C’est cette vieille dame qui lui a inculqué les valeurs et les principes de vérité, de travail, d’honnêteté et de respect. »

Après tout, «Je suis une espèce d’enfant perdu qui s’est raccroché à la littérature », aime à dire le lauréat 2008 du prix ­Théophraste-Renaudot. Cette affirmation définit bien le parcours du Franco-Guinéen Tierno Monénembo, qui appartient à cette famille d’auteurs pour qui la survie passe par l’écriture. Oui, par la littérature. C’est pourquoi, envers et contre tout, il décroche la timbale. Avec, bien entendu, beaucoup de frics qui pourraient bien faire saliver ses détracteurs le résumant en un seul mot : ethno ! Ni plus, ni moins.

Fervent maoïste dans les années 1970, ­Monénemboselon des analystes a longtemps milité au sein des mouvements gauchistes, notamment dans la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Mais face à la faillite des mouvements populaires, qui ont trahi leurs idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité dans le Tiers Monde libéré du joug colonial, le jeune guinéen d’alors déchante et fait le constat douloureux «que la politique n’était que fumisterie et que l’avenir se trouvait dans le roman ».

Sage prédiction, au regard des nombreuses récompenses engrangées. Même en refusant de manger avec ceux qui mangent l’Afrique ! Sacré Tierno, envers et contre tout !

 

Jeanne Fofana, Kababachir.com

 

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