Trente ans après sa chute, que reste-t-il du mur de Berlin ?

Rares sont les villes à avoir vécu un bouleversement aussi rapide. Il y a trente ans, le « mur de la honte » divisait Berlin. Aujourd’hui, c’est une capitale européenne unifiée et dynamique qui en ce moment, commémore son démantèlement.

Le photographe Gottfried Schenk qui s’est installé à Berlin dans les années 70 met en parallèle les clichés qu’il a pris avant et après la chute du mur pour illustrer la transformation de la ville. On les retrouve dans son livre

« Berlin est évidemment un eldorado pour les photographes : c’est un terrain inépuisable pour la création, » estime-t-il. « C’est une ville parfaite pour réaliser des paires de photos parce qu’elle est en constante évolution, » assure-t-il.

« On était comme emmuré et on s’en est libéré »

Berlin est devenue un haut lieu touristique et l’une des questions les plus fréquentes posées par les visiteurs du monde entier, c’est : « Où se trouve le mur ? »

Gottfried Schenk se souvient de son démantèlement comme si c’était hier. « Je ressens de la gratitude et de la joie quand je regarde certaines photos, par exemple celles où l’on voit des pans de mur effondrés et la tour de guet renversée : en voyant ça, je me dis : c’est tellement incroyable, » raconte-t-il.

« J’ai vécu les choses quand le mur était là – on était comme emmuré – et maintenant, il n’est plus là, on s’en est libéré, » lance-t-il dans un sourire.

L’ancien chancelier allemand Willy Brandt a évoqué la réunification en ces termes qui équivaudraient à « Doit grandir ensemble ce qui fait partie du même ensemble ». C’était l’idée que naturellement, l’Allemagne allait de nouveau former une même entité.

Un passé qui n’a pas totalement disparu

Effectivement, aujourd’hui, dans l’architecture de Berlin, par exemple, la différence entre Est et Ouest s’est estompée, voire effacée.

« Juste après la chute du mur, l’Est était resté tel quel. Pendant les années 90 – il faut le dire -, c’était encore le cas, » se souvient le photographe Gottfried Schenk.

« Ce n’est que par la suite que l’Est a été transformé, » dit-il avant d’ajouter : « Avant, les façades étaient grises et en mauvais état ; puis les bâtiments ont été rénovés, mais dans la tête des gens, ce passé n’a pas encore totalement disparu. »

Enfants de la réunification

Suite à la chute du Mur, un pays a été rayé de la carte : la RDA. Pourtant, il vit encore dans les mémoires.

Ceux que l’on appelle les enfants de la réunification (« Nachwendekinder ») qui sont nés en 1989, peu avant ou après, n’ont pas véritablement connu l’ex-Allemagne de l’Est, mais ils continuent de porter son héritage en eux.

Lui-même enfant de la réunification, le journaliste Johannes Nichelmann estime pour sa part qu’il est « clair que ce mur – cette différenciation entre Est et Ouest – est encore présente dans l’esprit des jeunes. »

Dans son livre « Nachwendekinder: Die DDR, unsere Eltern und das große Schweigen », il évoque le fait que les jeunes issus de familles de l’Est sont confrontés à des récits contradictoires sur la vie dans l’ancienne RDA. D’après ce que leur racontent leurs parents et grands-parents, le quotidien sur place était convenable.

« D’un côté, il y a eu pendant 40 ans, les vacances au bord de la mer Baltique au soleil et c’était bien et de l’autre, il y a le récit historique avec 40 ans de Stasi, de prison et de fils barbelés et tout allait mal, » explique Johannes Nichelmann.

« Mais il doit y avoir quelque chose entre les vacances et la Stasi et on en a trop peu parlé au sein des familles et de la société de l’Ex-Allemagne de l’Est, mais aussi dans les médias, » juge-t-il.

Arrêter de se référer à la séparation

Selon le journaliste, il faut briser le silence pour mieux comprendre le passé, mais aussi arrêter de faire sans cesse référence à cette ancienne distinction entre Est et Ouest pour tourner définitivement la page.

« On doit appréhender les choses avec une vision qui englobe toute l’Allemagne tout comme d’autres sujets : l’extrême-droite, la mondialisation, les changements structurels et l’émigration, » affirme Johannes Nichelmann. « Ils concernent l’ensemble de l’Allemagne et trop souvent, on les cantonne à cette Allemagne de l’Est qui soi-disant, continue d’être à part, » dit-il.

Les mentalités évoluent peu à peu, mais il est probable qu’il faille attendre un changement de génération pour que ce mur qui reste dans les têtes s’effondre définitivement.

« Dans ma boule de cristal, je vois qu’avec la prochaine génération, cette vision, espérons-le, aura disparu, » indique Johannes Nichelmann avant de confier : « J’ai un neveu qui a trois ans et j’espère bien que quand il sera grand, on ne l’ennuiera plus avec ça. »

Source: Euronews.com

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