TROISIEME MANDAT : L’idée fait du chemin

Ceux qui en doutaient encore devraient s’en convaincre. Alpha Condé veut de son troisième mandat et entend l’obtenir. Pour le matérialiser, un troisième ballon d’essai vient d’être lancé. Et le porteur du ballon en question se nomme Alpha Ibrahima Kéïra, un de ceux par lesquels les événements de janvier et février sont arrivés. A la suite de Mamadouba Tos Camara, du gouverneur de Labé, Saadou Keïta et de quelques partisans du chef de l’Etat qui s’en cachent plus, il se lance aussi dans la pré-campagne en faveur de la modification constitutionnelle. A fois vicieux et cynique, il procède par étape.
Tout d’abord, il évoque l’idée de la modification constitutionnelle indépendamment du fait que celle-ci soit liée à Alpha Condé ou pas. Dans l’émission « Club de la presse » de la radio Djigui FM, il rappelle le processus d’adoption de la constitution du 7 mai 2010. Celle-ci ayant été fait par ordonnance du président de la Transition, le général Sékouba Konaté, il veut exploiter la faille. Il a cependant l’honnêteté de rappeler le contexte historique qui avait poussé à l’adoption de la constitution par ordonnance. A l’époque, l’objectif ultime était de se d’en finir avec la Transition le plus rapidement possible. D’autant qu’elle avait déjà connu des couacs avec notamment les massacres du 28 septembre 2009 et la tentative d’assassinat contre le capitaine Moussa Dadis Camara, le 3 décembre de la même année. La situation sociopolitique était délétère avec une folle envie du président Dadis de le ramener aux affaires. De concert, les acteurs de la société et la communauté internationale avaient alors trouvé périlleuse l’idée de trainer avec un référendum pas évident à mettre en place. Il a alors été convenu que l’idée de l’adoption de la loi fondamentale, au regard des circonstances de l’heure, est un moindre mal. Mais Alpha Ibrahima Keïra voudrait mettre tout cela de côté pour se servir de cette brève afin d’appeler à la modification constitutionnelle. De sa part, ça manque d’honnêteté.
Ensuite, pour ce qui est du troisième mandat auquel le président Alpha Condé a fait allusion lors de sa conférence de presse du 15 mai 2016, M. Keïra l’aborde sous l’angle du principe. Mettant tout d’abord en avant l’idée selon laquelle un mandat de cinq ans est insuffisant pour la mise en œuvre de certains projets, il pense qu’on pourrait autoriser le principe d’un troisième mandat. Car se précipite-t-il d’ajouter qu’il n’est pas exclu que l’actuel locataire de Sékoutoureyah perde au change. Naturellement, on voit parfaitement où il veut en venir. La stratégie est de faire miroiter à l’opinion et aux acteurs politiques qu’Alpha Condé pourrait perdre l’élection. L’objectif est de s’en servir pour amadouer tout le monde afin que les uns et les autres laissent passer le principe. Et une fois, celui-ci acquis, on connait la suite. La machine à frauder se mettra en action.
Anna Diakité, www.kababachir.com
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