Violences post-électorales : Cri de cœur d’un policier qui fait l’objet des menaces par sa hiérarchie !

La crise sociopolitique que traverse la Guinée depuis l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, donnant Alpha Condé vainqueur pour un 3ème mandat, mais contesté par l’opposition, suscite des inquiétudes. Les violences post-électorales intervenues après la proclamation des résultats par la CENI, ont endeuillé de nombreuses familles tant au niveau des civils que dans les rangs des forces de sécurité au cours des affrontements,  faisant plus d’une trentaine de mort, des blessés et des dégâts matériels importants à Conakry et à l’intérieur du pays.

Au cours des affrontements les agents des forces de l’ordre, accusées à tort ou à raison d’usage d’armes à feu pour réprimer les manifestants, enregistrent également des pertes en vies humaines. Une situation qui amène également les responsables des services de sécurité d’accuser à leur tour les manifestants d’être munis d’armes blanches et des fusils calibres 12 pour s’attaquer ouvertement aux forces de sécurité.

Pendant que la crise est loin de connaitre son issue, les enquêtes sur les violences meurtrières sont ouvertes au niveau des différentes juridictions. A ce jour,  apprend-on de sources judiciaires, une cinquantaine de personnes interpellées attendent d’être déférées dans les tribunaux.

  Mais en attendant la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle par la Cour Constitutionnelle, prévue dans une dizaine de jours, la tension monte d’un crâne. Cellou Dalein Diallo, le candidat de l’UFDG qui s’était proclamé vainqueur avant les résultats de la CENI, appelle ses partisans à des manifestations de rue pour, dit-il ‘’défendre sa victoire’’. Et le camp présidentiel de son côté, campe sur sa position et espère que la Cour Constitutionnelle ne fera que confirmer la victoire annoncée du Président Alpha Condé.

 C’est dans cette atmosphère tendue que des manifestations sont programmées alors que le ministre en charge de la Sécurité et la Protection civile promet de mâter d’éventuels ‘’fauteurs des troubles’’, estimant que seule la Cour Constitutionnelle est habilitée à trancher le contentieux électoral.

Ainsi, le département en charge de la Sécurité compte déployer dans les prochains jours, un important dispositif de sécurité composé des policiers et gendarmes, appuyés par l’armée qui a été réquisitionnée à l’occasion des violences post-électorales, où plusieurs PA situés sur la route ‘’Le prince’’, fief de l’opposition, avaient été saccagés et des agents de sécurité ont été attaqués par des manifestants dont un a été tué Bambéto et trois à Sonfonia, dans la Commune de Ratoma et deux autres à Pita, selon le bilan fourni par les autorités.  

C’est dans ce contexte, qu’un officier de la police guinéenne, lance un cri de cœur parce qu’il se dit menacé à la fois par sa hiérarchie mais aussi par les citoyens de son quartier.

Moussa Balaba Sako, commissaire de Police, qui s’est confié à notre rédaction se retrouve aujourd’hui dans une situation ambigüe. Il l’a dit au micro de nos reporters :

« Je suis menacé, ma famille aussi fait l’objet des menaces dans le quartier», s’inquiète l’officier qui accepte, malgré tout de témoigner :

« D’une part, il y a ma hiérarchie qui me menace après que j’ai été plusieurs fois arrêté et présenté devant une commission disciplinaire, pour n’avoir pas obéit à certains ordres, mais ma famille également a échappé à une attaque récemment à Sonfonia après que des manifestants ont tué trois agents de sécurité. » a-t-il révélé. Malgré quelques hésitations, cet agent de police accepte de tout déballer : «Moi je ne vais pas obéir certains ordres ce qui fait que j’ai toujours de problèmes avec ma hiérarchie». De l’autre côté, regrette-t-il, « Il y a des gens qui ne veulent pas me sentir au quartier à cause de ma tenue. Quand il y a les violences sur les manifestants de l’opposition qui sont réprimés, il y a des gens qui s’organisent pour nous attaquer. La dernière fois, ma famille a échappé de justesse. Des jeunes hostiles aux forces de l’ordre ont voulu nous attaquer nuitamment. Alors que moi-même j’étais en sanction disciplinaire de ma hiérarchie. Ça commence vraiment à m’inquiéter », a déploré cet officier de police qui n’a pas voulu s’étendre la dessus, estimant tout simplement que ‘’l’heure est grave.’’

Pendant que des ONG de défendre des droits de l’homme demandent de traduire tous les auteurs des crimes (civils et militaires) devant les juridictions, la situation sécuritaire se dégrade et même des agents de sécurité ne sont pas à l’abri des attaques de la part des inconnus armés.

Comme on le voit, cet officier de police ne semble pas cautionner les violences meurtrières en cours dans le pays, mais il se trouve pour l’instant dans une position délicate, partagée entre l’obligation de respecter les ordres de la hiérarchie  et la peur des représailles qui pourraient être fatale pour sa famille.

En tout état de cause, la tension reste tendue alors que la publication des résultats définitifs est très attendue à Conakry

Nous y reviendrons

Ibrahima Sory Camara

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.