VOILE INTEGRAL : L’Etat doit s’en saisir

S’il y a bien une question qui illustre la démission et le peu de courage de l’Etat guinéen, c’est bien celle du port du voile intégral en Guinée. A l’issue d’un sommet de la CEDEAO auquel il avait pris part à Abuja, Alpha Condé s’était opportunément emparé de la question. Mais la polémique qui s’en était dégagée l’avait convaincue de laisser les choses telles qu’elles sont. Depuis, personne n’en parle et on fait comme s’il ne s’agissait pas d’un problème sociétal dont il faut débattre. Or, c’en est bien un. En témoigne l’exclusion dans un centre d’examen de Kipé, de candidates qui ont refusé de se débarrasser de leur burqa le temps de composer.
Une précédente fois, la question s’était posée quand un autre responsable scolaire avait également exclu des élèves tout aussi intégralement voilées. Les uns, plutôt favorables au voile islamique, avaient crié au scandale et à la négation de la liberté de culte. Les autres, redoutant de voir germer des terroristes locaux et arguant de la laïcité de la République, avaient soutenu la décision du responsable scolaire. Entre les deux camps, comme c’est le cas aujourd’hui, aucun arbitrage possible. Parce que l’Etat à travers notamment l’Assemblée nationale n’a pas encore jugé utile de s’en saisir et d’en faire un débat national, pour qu’une position consensuelle puisse s’en dégager.
Frileux, l’Etat guinéen fuit donc sa responsabilité. Il veut ainsi ne pas s’attirer des critiques et focalisé une quelconque polémique. Mais en réalité, les conséquences de son silence peuvent se révéler plus dramatiques que s’il s’était donné le courage de trancher la question une fois pour toutes. Car à l’image des élèves qui viennent d’être privées de leur examen, c’est une classe de frustrés qui va progressivement germer et qui, à un moment donné, s’estimant victime de l’injustice et de l’exclusion, aura plus ou moins des raisons de s’en prendre à la République. Ce sont des contentieux de ce genre qui, en s’accumulant sur une certaine période, peuvent déboucher sur du terrorisme. Surtout que dans le cas présent, la question est facilement assimilable à une instrumentalisation anti-islamique.
L’Etat se doit donc de se mobiliser et non fuir.
Anna Diakité, www.kababachir.com
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.