Alpha Condé : le panafricanisme douteux !


« On produisait 600 mille tonnes de fonio en Afrique de l’Ouest. La Guinée à elle seule produisait 400 mille tonnes sur ces 600 mille, mais ce sont les Maliens et Sénégalais qui faisaient des bénéfices. Parce qu’on vendait du fonio brut au Mali et au Sénégal qui en transformaient pour exporter. Nous étions donc presque les paysans des autres. Je suis un grand panafricain, mais j’ai été élu par le peuple de Guinée. »

Soit Alpha Condé ne sait pas ce quoi le panafricanisme – antéindépendance avec N’Kroumah et les autres – soit, il fait un amalgame de concepts : nationalisme, protectionnisme, etc., surtout que «Notre politique, c’est l’agro-business. » Au nom donc de cet agro-business et au nom du panafricanisme douteux et mal à propos, « J’ai fait retourner l’année dernière 200.000 tonnes de fonio à Kankan. Les femmes ont protesté, j’ai demandé à combien les maliens achètent le kilo de fonio. On m’a dit à 7000 GNF, je leur ai proposé 8000. »

Trump de son côté déclarait dans le même contexte à Davos : « Nous soutenons le commerce libre, mais il faut qu’il soit équitable et réciproque. Les Etats-Unis ne vont plus fermer les yeux devant les pratiques économiques inéquitables… » Alpha Condé est-il donc sur les traces de Trump saisit par un protectionnisme outrancier, désignant « les instruments utilisés par un État pour protéger les productions nationales de la concurrence étrangère : droits de douane, quotas d’importation, normes, autorisations administratives » ?

En tout cas le panafricanisme né des leaders africains d’avant l’indépendance ne saurait faire bon ménage avec le protectionnisme au moment même où on parle d’intégration sous régionale en Afrique de l’Ouest entre autres. Empêcher la circulation des denrées guinéennes dans les pays voisins (Mali et Sénégal) n’a rien de panafricaniste. « Quand on refuse que nos voisins consomment nos produits, on commence d’abord par ne pas consommer les leurs. La Guinée qui n’est pas autosuffisante sur le plan alimentaire, peut-elle vivre en autarcie? Impossible », peste un Internaute guinéen.

Des deux choses, l’une. Soit Alpha est panafricaniste donc ouvert et progressite dans le cadre de l’intégration africaine, du libre-échange, soit il est nationaliste- protectionniste. Et donc reste sur la même ligne que Buhari du Nigeria. Celui-ci en effet, n’a pas hésité récemment, à menacer de fermer ses frontières avec certains pays voisins, notamment le Bénin et le Niger, afin de mettre fin à la contrebande et à l’importation frauduleuse du riz dans son pays qui venait d’atteindre presque l’autosuffisance en matière de production rizicole, à la suite d’un plan de relance de la filière mis en œuvre par son gouvernement. A la seule différence, Buhari ne revendique pas un panafricanisme.

Alpha Condé doit donc trouver la posture qui lui est sied. Loin de la démagogie…

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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