‘’Nous sommes à un point tournant de notre histoire’’ (Youssouf Camara, Conseiller communal à Matam)


Anomalies dans les opérations de recensement, manifestations du FNDC contre le projet de reforme constitutionnelle, les enjeux des prochaines élections législatives et présidentielles, ce sont entre autres sujets que nous avons abordé avec Monsieur Youssouf Camara, Conseiller communal au niveau de la Commune de Matam, membre du  bureau exécutif de l’UFDG.

Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, le Secrétaire national à l’implantation et à l’organisation de l’UFDG s’exprime sans tabou sur la situation socio-politique actuelle de notre pays. Lisez….

Kababachir.com : Bonjour M. Camara

Youssouf Camara : Bonjour M. Barry

Kababachir.com : Comment se passe aujourd’hui le recensement dans votre circonscription électorale à Matam?

Youssouf Camara : A Matam, où je maitrise mieux, parce que c’est ma commune, ça se passe très mal, en ce sens que nous avons constaté l’implication des Chefs des quartiers et Chefs des secteurs, dont nous savons que leur neutralité fait l’objet de beaucoup de doutes. Ensuite, il y a la mauvaise foi au niveau de  la livraison des fiches d’identification et des certificats de résidence, mais aussi, à notre grande surprise, depuis ce matin, il y a beaucoup de CAERLE qui ne travaillent pas par le fait qu’on n’a pas payé  le reste de leur dû. Cela est une autre complication pour le processus électoral. Je crois que si nous devons venir à bon port il faut que les étapes précipitées par la CENI, dans le cadre de l’exécution de ce chronogramme soient mis en œuvre.  Nous risquons de bâcler ces étapes et je crois que la répercussion finale ce sont les contestations des résultats, qu’il ait des problèmes indéterminés pendant et après le processus électoral. 

Kababachir.com : Est-ce que vous pensez que ce problème de payement ne concerne que votre commune ou bien c’est un cas général ?

Youssouf Camara : Je crois que dans certains fiefs du pouvoir, le payement a été fait intégralement. Donc, c’est un calcul politique. Je crois que cela doit cesser. Si  un budget a été débloqué à tous les niveaux, les gens doivent être payés à temps pour que le travail se fasse normalement. Mais il est hors de question qu’on continue à saboter le processus dans nos fiefs et aller enrôler massivement les gens dans le fief du pouvoir. Cela a longtemps été la stratégie depuis des années et je crois que nous nous avons les leçons de ces pratiques honteuses qui ne font pas honneur à la république. Il faudrait que cela cesse.

Kababachir.com : On voit que le délai est très court, malgré tout, l’opposition, au lieu de sensibiliser ses militants à ce faire enrôler, multiplie plutôt les manifestations

Youssouf Camara : Non, cela se mène parallèlement. Nous avons des cellules de communications qui font ce travail de rabattage d’informations et de sensibilisations. Nous avons des structures déconcentrées qui travaillent jour et nuit, qui sont mêmes sur le terrain qui mobilisent et qui assistent les gens. Nous avons déployés des assistants techniques sur l’ensemble du territoire national. Ces assistants techniques sont composés des informaticiens et d’autres volontaires qui doivent faire des porte-à-porte pour qu’il ait un recensement effectif de nos militants.

Kababachir.com : Récemment, les deux principaux leaders de l’opposition, en l’occurrence Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, avaient récusé le Président de la CENI, qu’ils accusent d’être à la solde du pouvoir. Apparemment cette question  n’est plus d’actualité ?

Youssouf Camara : Je ne peux pas dire que cela n’est plus d’actualité. Vous avez vu le cas Louceiny, on a été persévérant à la dernière minute avant même les élections législatives, il était même parti.  Ce qui reste clair, ce que nous nous restons droit dans nos bottes. Mais parallèlement aux avantages liés à ce problème de recensement, qui parle de leaders politiques, il faut parler de militants recensés. Cette revendication n’a rien à voir par rapport à la suite du processus, parce que le processus en cours, il y a des différents niveaux d’exécution.

Kababachir.com : Est- ce qu’à ce jour, vous croyez réellement à la crédibilité de ce scrutin ?

  Youssouf Camara : C’est difficile ! Vous savez l’objectif du pouvoir c’est de provoquer au niveau de l’opposition, la politique de la chaise vide. Ça les arrange mieux, ça les permet vraiment de se tailler d’une majorité et donner le reste aux partis satellites qui les entourent. C’est pour vous dire une fois encore, nous nous ne devons pas tomber dans ce piège, nous devons rester vigilant comme nous l’avions fait pendant les élections communales. Nous devons rester mobiliser, nous devons serrer les ceintures pour que nous puissions empêcher le maximum de fraudes.

Kababachir.com : Mais vous risquez d’être piégé étant donné que ces élections précipitées, est un plan B au cas où le référendum ne puisse pas avoir lieu, pour que le parti au pouvoir se taille la part du lion pour faire passer le fameux projet de reforme constitutionnelle ?     

 Youssouf Camara : Ceux qui le pensent chacun est libre de ses expressions, ses opinions.  Nous nous pensons que quoiqu’il arrive, le parti au pouvoir ne peut pas s’octroyer la majorité. Aujourd’hui, si ce n’est pas le trucage du  fichier électoral, si ce n’est pas l’implication des responsables territoriaux, c’est-à-dire, les Maires, les préfets et les Gouverneurs, si ce n’est pas l’achat de conscience et l’influence des ministres ressortissants de leurs préfectures, qui vont le jour du scrutin pour torpiller le processus, pour influence les gens, vous n’êtes pas sans savoir il y a deux semaines, il y a le Président de l’assemblée nationale qui était à Kissidougou pour mobiliser pour le Président. Alors qu’en tant que Président d’une institution, il est soumis à un principe de neutralité, il doit être au dessus de la mêlée. Je crois que seule en Guinée, on peut observer ces genres de bêtises qui continuent en longueur de journée. Je crois que nous restons serein.

Kababachir.com : D’un point de vu électoral, est ce que si le pouvoir se taillait une grande place, est ce que ce n’est pas un schéma risqué pour l’opposition ? 

Youssouf Camara : Cela se ferait c’est lorsque l’opposition décidera de boycotter. Mais si l’opposition ne décide pas de boycotter, vous savez bien nous venons de sortir des élections communales, vous avez vu les efforts que l’opposition a pu faire. On est allé gagner dans des fiefs où les gens ne pensaient même pas où on était. A Macenta, on a remporté, c’était un fief du RPG-Arc-en-ciel depuis des années. Nous sommes venus en Basse Guinée on était à égalité à Dubréka, on était à égalité à Kindia, ainsi de suite. Donc c’est pour vous dire que sauf par magie ou par miracle que cela puisse se produire, sinon c’est impossible.

Kababachir.com : Au regard des manifestations pro et anti- nouvelle constitution, peut –on dire qu’en Guinée, la démocratie est divisée en deux, parce qu’on a vu la mobilisation à N’Zérékoré à Kankan et à Conakry ?

  Youssouf Camara : Non, le débat n’est pas à ce niveau. Le débat n’est pas de dire que la démocratie ou la population est divisée en deux.  Le débat, c’est quelle est l’opportunité de nouvelle constitution ?

Est-ce que c’est une constitution qui développe un pays ou qui retarde un pays ?

Une Constitution ce n’est qu’un texte qui réglemente le fonctionnement d’un Etat, qui définit les rapports entre les institutions, qui protègent les droits fondamentaux des citoyens, ce sont les grandes lignes d’une Constitution.

Mais une Constitution ne ratifie jamais une Convention. Une Constitution ne crée pas l’emploi aux jeunes, une Constitution ne donne jamais des infrastructures. Donc le vrai débat dans ce pays, neuf ans après la gestion d’Alpha Condé, c’est de nous dire, un bilan sur l’ensemble des différents secteurs. On avait vu une ONG qui s’occupe de l’évaluation des promesses tenues par le Président, sur les 34 promesses, il n’a réalisé qu’une seule.  En neuf ans, si vous réalisez une promesse sur 34 ce que vous avez échoué. Ce qui est en train d’être fait c’est de dire que non, il faut séparer le peuple par un référendum, cela est un faux débat. Il n’y aura pas de référendum dans ce pays, parce que le référendum est anti-constitutionnel, par le fait qu’aucune Constitution ne prévoit sa propre mort. L’article 152 prévoit la possibilité de réviser la loi. Il n’y a pas de lois intangibles, même aux Etats-Unis il y a eu des amendements. Les amendements sont possibles, mais il est impossible de  remplacer une nouvelle constitution par une autre.

Kababachir.com : Bien que libérés, des leaders du FNDC ont passé plus d’un mois en prison. Quel est votre commentaire ?

Je crois que c’est un recul pour ce pays. Ils sont sur pression on a vu c’est des gens qui ont été quidnappé chez eux. Les uns à leur domicile les autres au niveau de leur siège ou leur QG. Alors que les sièges et les domiciles sont inviolables. Ce sont des gens qui ont été quidnappés, ils ont subi des préjudices. En plus, nous sommes au regret de constater en violation de tous les principes se permettent d’organiser une parodie de justice pour juger de quoi que ça soit. Donc, c’est un recul de la démocratie, c’est un recul des droits de l’homme dans notre pays.

Kababachir.com : Mais est-ce qu’il ya une raison de continuer aujourd’hui les manifestations étant donné qu’à date, il n’y a ni projet de constitution, ni référendum programmé, comme l’a souligné d’ailleurs la mouvance ?

Dans tous les cas, ça c’est leur point de vue. Le FNDC n’est pas candidat aux élections. Les partis qui doivent competire savent qu’ils sont en train de jouer sur deux tableaux. Ils sensibilisent, ils disent à leurs militants d’aller retirer leurs cartes d’électeurs, mais comme le FNDC c’est un état d’esprit, c’est un bloc qui n’est pas seulement que politique, continuera à atteindre son objectif  qui n’est autre que le renoncement de Monsieur Alpha Condé au projet de tripatouillage de notre Constitution. C’est la mission la plus noble du FNDC. Maintenant la compétition électorale, les élections, la députation, ça c’est l’affaire des partis politiques. Donc il faut savoir dissocier les choses, le FNDC par rapport au mouvement politique.

Kababachir.com : Parlant des tueries on a vu deux jeunes munis d’armes blanches arrêtés par les services de sécurité lors de la dernière manifestation. Est-ce que cela ne donne pas raison  un peu au président Alpha Condé, qui dédouane les forces de sécurité dans les tueries ?

Mais c’est archi-faux. Ces deux personnes ont été arrêtées grâce à la vigilance des membres de la sécurité interne du FNDC. Toutes les tueries qui se font c’est par le fait que les forces de défense et de sécurité décident d’ôter la vie à des paisibles citoyens, comme ça été le cas depuis 2010, plus de 120 morts tués par balles. Je crois que cela est fait par le fait qu’il y a la volonté d’un pouvoir dictatorial qui cherche coûte que coûte à humilier les guinéens à tuer les guinéens, sans aucune forme de justice et je crois que cela doit cesser parce que nous, quoi qu’il arrive, tôt au tard, il y aura la justice dans ce pays même ceux qui auront 90 ans, ils seront dans les fauteuils roulant ils seront trimbaler en justice. Donc nous ne renoncerons pas parce que la question des droits de l’homme, la question des crimes de sang, la question des crimes économiques sont des questions qui peuvent être poursuivies dans les tribunaux quelque soit le temps.

Kababachir.com : Votre mot de la fin

C’est de vous remercier par rapport au travail que vous faites. C’est de dire à tous les guinéens, que nous sommes à un point tournant de notre histoire que nous devons être mobilisés, nous devons nous battre pour l’amour de ce pays, nous devons nous battre pour sauver les générations futures, nous devons nous battre pour que ce pays soit un pays juste et équitable. Ça doit être notre locomotive, je vous remercie.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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