22 décembre 85 : des décennies après, le discours-programme…

D’entrée, un petit rappel s’impose. Celui lié aux péripéties de l’arrivée du colonel Lansana Conté, ce mercredi 4 avril 1984, à la tête du CMRN, avec comme Premier ministre un autre colonel : Diarra Traoré, jusque-là occupant le poste de gouverneur de la région de Boké, en même temps membre du comité-central dissout.

Ces deux officiers suivis de 30 autres ministres et deux secrétaires d’Etat dont huit civils formaient ainsi la 2è République. Un régime dit d’exception est ainsi né, suite à la disparition de Sékou Touré. Il était alors question de jeter les bases d’une démocratie véritable. C’est ainsi que le colonel Lansana Conté, jusque-là chef d’Etat-major adjoint de l’Armée de terre, soutenu par ses frères d’arme a cherché à élaborer un programme de développement économique, politique et social de la Guinée. Le dimanche 22 décembre 1985 allait s’inscrire en lettres capitales sur le fronton de l’Histoire de la Guinée, ce qu’on a pu appeler ‘’Discours-programme’’.

Dans ce schéma directeur, le nouveau maître de Conakry promet de bâtir « Une société de producteurs libres, entreprenants, un Etat au service exclusif du développement. »   Comme si cela ne suffisait pas, Lansana Conté prône aussi une politique de décentralisation fondée sur les relations de solidarité, de l’unité nationale devant se traduire notamment par le retour de milliers d’exilés guinéens au bercail, la mise en place d’un Etat de droit, respectueux des libertés individuelles et collectives.

Les dés étaient ainsi jetés, le tout coïncidant, moins  de cinq après, à la chute du mur de Berlin donnant une nouvelle configuration du monde. D’où, le référendum du 23 décembre 1990 donnant à la Guinée, une Constitution. Du coup, cette Loi fondamentale se dresse contre tout régime fondé sur la dictature, l’injustice, la corruption, le népotisme et le régionalisme. Deux ans après, en avril 1992, c’est la création des partis politiques. L’instauration de la démocratie aura été une lutte acharnée.

Plus d’un quart de siècle, ceux qui malmenaient Lansana Conté pour la démocratie sont aujourd’hui aux affaires. C’est le cas d’Alpha Condé. Actuel président guinéen, celui-ci fait aujourd’hui pire que ce régime militaire : la corruption, le régionalisme, etc., sont érigés en devise. L’Etat de droit peine à prendre corps. Pour lui, il a hérité d’un pays et non d’un Etat. Près de dix ans, il n y a ni pays ni Etat.

La Guinée tangue et abandonnée à des rapaces. Des Guinéens regrettent déjà depuis longtemps, la mort du président-paysan. Après cet Alpha Condé-là, on héritera d’un champ de ruine, d’un tissu social en lambeaux, d’une impunité anthologique et de gros détournements… Après tout, il se fait appeler ‘’L’homme du changement’’.

Jeanne Fofana, Kababachir.com

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