GUINEE : Ah les politiques !

Dotée de toutes les ressources naturelles et plutôt comblée par le climat, la Guinée pèche par son déficit criard en matière de ressources humaines. Bien entendu, la responsabilité d’un tel paradoxe devra, à un moment donné, être située. Mais en attendant, bornons-nous à constater les faits, aujourd’hui incarnés par la classe politique guinéenne. Une classe de laquelle n’émerge personne qui puisse véritablement refléter l’espoir. Car, tous, qu’ils soient de la mouvance, de l’opposition ou de l’hypothétique centre, ils se distinguent par l’inconstance, des convictions très peu ancrées, des objectifs exclusivement dictés par la conquête ou la conservation du pouvoir, un certain cynisme poussé à l’excès et par le faible niveau de leurs débats.

Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Bah Oury sont un peu la crème de la classe politique guinéenne de l’heure. Ils sont un peu ce que les spécialistes en marketing appellent les « prescripteurs ». Ils sont à la base des principaux débats qui rythment le champ politique et définissent les grandes orientations de ce dernier. Bref, ils sont le miroir des politiciens guinéens du moment. Et en regardant à travers eux, on n’a pas des raisons de se réjouir de l’animation de l’espace politique. Car tous se retrouvent dans le portrait-robot dressé plus haut. Si l’on prend le président de la République, il est de loin celui qui, pour s’emparer du pouvoir qu’il ne croyait plus avoir, n’aura pas hésité à souffler de manière consciente sur les braises de l’ethnicité. S’abritant derrière un faux prétexte de réconciliation nationale, il s’est également entouré de tous ceux qui ont incarné le régime de Lansana Conté qu’il avait combattu avec tant de hargne.

Quant à Cellou Dalein Diallo, manifestement incapable de faire le deuil de sa défaite de 2010, alors que la victoire lui tendait les bras, il se sera, durant le premier mandat du président Alpha Condé, révélé incapable de porter la lourde responsabilité de diriger la principale force politique de l’opposition. Les yeux trop fixés sur le palais Sekhoutouréya, il se sera particulièrement décrédibilisé avec sa tentative d’alliance avec le capitaine Moussa Dadis Camara, à la veille des dernières élections présidentielles. De même, il est sans doute trop prompt à accueillir dans son camp, les frustrés du camp adverse. Révélant au passage que la quête du pouvoir est la préoccupation primordiale à ses yeux.

Mais de loin, ce sont Sidya Touré et Bah Oury qui, en ces lendemains d’élection, font la une. L’un et l’autre, lassés par le dénuement caractéristique du militantisme opposant et supportant de moins en moins l’émergence de Cellou Dalein Diallo, comme principal acteur de l’opposition, ont brusquement tourné le dos à leurs engagements et à ce qui s’apparentait à de la conviction, de leur part. Poussant leur reniement jusqu’au bout, ils s’emploient même à ruiner l’opposition guinéenne qu’ils ont, bien malgré eux, contribué à élever à un certain niveau.

Anna Diakité, www.kababachir.com

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.