GOUVERNEMENT GUINEEN : Ce mensonge implicite

Les autorités guinéennes, prises au collet par la crise socioéconomique et sommées par le mouvement syndical de rendre des comptes, recourent à toutes sortes d’arguties pour se défendre. Ainsi, ces deniers temps, on aura surtout entendu la nécessité pour le pays de conclure son programme avec les institutions de Breton Woods. Et à l’appui de ce plaidoyer, on attend très souvent les émissaires du gouvernement ajouter « le FMI n’excusera aucun dérapage de la part de la Guinée ». L’institution internationale serait alors particulièrement intransigeante sur la question. Seulement, on ne nous dit pas pourquoi le FMI est aussi remontée contre la Guinée ? Car l’argument d’Ebola ne tient débout. Autrement, le FMI, témoin privilégié de ce que les trois pays ont subi ne serait pas aussi insensible aux arguments du gouvernement. En réalité, on nous ment en nous cachant les vraies raisons de la colère des experts du FMI.
Et pour retrouver cette raison, il faut remonter à la dernière mission que l’institution avait conduite en Guinée. Au cours de la cérémonie de conclusion de cette mission, Abdoul Azziz Wane, le chef de la délégation avait certes évoqué Ebola et la baisse des prix des matières premières pouvant justifier « une diminution  de la production et des exportations d’or, des recettes en devises étrangères et des recettes publiques. Ces deux chocs ont fait subir un lourd tribut à son économie (de la Guinée) et aux  conditions de vies des populations ».
Cependant, avait-il courageusement ajouté :
Au-delà de l’impact de ces chocs, des déviations dans la politique économique ont accru les tensions macro-économiques. Le déficit budgétaire  a augmenté, sans assurance de financement adéquate, en raison de la mise en œuvre par le gouvernement d’un important programme d’investissements dans les secteurs de route, de l’électricité et de l’eau. L’accroissement soutenu des dépenses d’investissement a résulté en des pertes importantes de réserves internationales et en une augmentation de la prime entre le taux de change officiel et celui des bureaux de change. La plupart des critères de performance et des objectifs indicatifs de l’année 2015 au titre de l’arrangement FEC n’ont pas été atteints.
Voilà pourquoi le FMI est fâché contre le gouvernement guinéen. Pour le Guinéen moyen, le problème le plus visible, c’est la campagne très onéreuse que le camp présidentiel a menée à la veille des dernières élections présidentielles qui ont érodé les caisses de l’Etat. Mais du côté des experts du FMI, on pointe surtout les marchés de gré-à-gré que le gouvernement a octroyés (avec des soupçons de surfacturation) dans le domaine des travaux publics. De même, les énormes sommes engagées inutilement dans le secteur de l’énergie ont aussi irrité les émissaires du FMI.
Voilà donc ce pourquoi la Guinée risque la sanction qu’elle mérite. Les autorités, à la fois laxistes et populistes, ont ouvert les vannes et ont servi des proches, sans aucune forme de rigueur. C’est cette attitude irresponsable et empreinte de légèreté qui coute à la Guinée la crise actuelle. Ce n’est pas Ebola !
Anna Diakité, www.kababachir.com
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