Attentats : Bruxelles, capitale sous le choc

Mardi 22 mars en milieu de matinée, la scène est saisissante : les Bruxellois ont les yeux rivés sur leurs smartphones. Les hélicoptères survolent le quartier de l’Union européenne. Bruits permanents des sirènes, des moteurs dans les embouteillages. Tout le monde marche en silence, même une colonne d’étudiants en centre de formation en vente et commerce qui descendent l’avenue Froissart sans un mot, comme un cortège funèbre.

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Les employés du métro sont tous rassemblés à l’extérieur de la station Schuman, en plein quartier européen, non loin de la station Maelbeek où vient de se produire une explosion. Ils essaient d’avoir des nouvelles de leurs collègues. Assis sur un banc, un employé fait un malaise entouré de militaires.

Au Conseil européen, les bâtiments où se réunissent les chefs d’Etat au moins deux fois par semestre, juste en face de la Commission, à cinq minutes à pied de Maelbeek, les personnels sont arrivés. Le bâtiment est déjà en alerte jaune. On ne peut dépasser une première grille d’accès qu’avec un badge d’accréditation.

La Commission européenne demande à ses employés de rester chez eux ou dans leurs bureaux et de ne pas quitter le bâtiment. Le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, indique que le point presse de midi est maintenu.

« S’il vous plaît, restez à la maison ou à l’intérieur des bâtiments. Les institutions de l’UE travaillent ensemble pour assurer la sécurité des salariés et des bâtiments », a recommandé la Commissaire européenne au budget, Kristalina Gueorguieva, chargée également des salariés et des questions de sécurité de l’exécutif européen, sur son compte Twitter.

« On doit rester dans une partie du bâtiment qui ne donne pas sur la rue principale,témoigne une employée de la Commission. Nous sommes dans les sous-sols. Il y a des gens blessés dans le lobby. Des gens courent à la recherche de compresses et on demande si certains sont formés aux premiers secours. »

Plusieurs employeurs demandent aussi à leurs salariés de ne pas venir. « Mon patron a téléphoné à tous ses employés pour leur demander de rester chez eux », témoigne Cédric, 26 ans.

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Des voyageurs sont évacués de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, le 22 mars 2016.

« Tout s’est exactement passé comme dans nos cauchemars »

D’habitude bondé, le centre de Bruxelles est absolument vide, personne dans les cafés, aux terrasses. Pas de bruit, à part quelque sirène au loin.

« 0n ne sait pas trop quoi faire, c’est nos premiers attentats suicides », dit un coursier à vélo. Il a voulu donner son sang à l’hôpital Saint-Pierre tout proche, où les victimes de Malbeeck ont été évacuées. Trop de monde, personnel débordé.

Des jeunes gens viennent de se faire fouiller par la police. « On accepte, on a la tête de ceux qu’ils recherchent », dit l’un, Moulay, 24 ans. Sur le sol, il écrit à la craie : « 1 080 avec les victimes ». 1 080, c’est le numéro du code postal de Molenbeek, la ville ou l’arrestation de Salah Abdelslam a eu lieu voilà quelques jours à peine.

Tout le monde cherche à savoir s’il y a des victimes parmi ses proches.« Forcément, on connaîtra tous, Bruxelles, c’est tellement petit », dit quelqu’un.

Dans les rues, on sent une sorte de recueillement, on fait taire les rares personnes qui parlent un peu fort. Une remarque revient sans cesse, un sentiment inéluctable : « cela devait nous arriver, on s’en doutait tous ».

Un couple : « on avait même l’impression de savoir où cela se passerait, un aéroport, un métro aux heures de pointe. Tout s’est exactement passé comme dans nos cauchemars ». Un enseignant : « je disais à ma femme ce matin : c’est bientôt notre tour ».

Sorties scolaires annulées

Les sorties sont annulées dans les écoles, où les enfants étaient déjà rentrés au moment où la nouvelle des événements a commencé à se répandre. Les établissements envoient des messages rassurants aux parents, comme dans cette école de l’ouest de Bruxelles :

« Tout est calme dans l’école. Les enfants à cette heure ignorent tout des événements qui frappent la Belgique. Les récréations se passeront à l’intérieur dans l’enceinte de l’école. Nous faisons tout pour les protéger. »

Aux abords de l’aéroport, les voyageurs marchent avec leurs bagages. Les gens sortent en file, formant un long chapelet à un kilomètre de Zaventem.

Marie-Odile était à 8 heures 15 dans la ligne d’enregistrement pour Abu Dabhi, elle a entendu une explosion et a vu une fumée blanche, les hôtesses au desk se regardaient. Il y a eu un moment de blanc puis une deuxième explosion, des morceaux de plafond sont tombés et de là il y a eu un mouvement de panique généralisé. Elle s’est mise à courir elle aussi.

Emily, elle, revenait de Washington. Sous le choc, elle cherche un hôtel. « Je suis trop fatiguée, physiquement et émotionnellement ».

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