Air France à l’offensive face aux compagnies du Golfe

Le temps de l’offensive est venu pour Air France. Face aux compagnies du Golfe et leurs bas tarifs vers l’Asie – à condition de faire escale à Dubaï, Doha ou Abu Dhabi –, Air France déploie une stratégie d’alliances lui permettant de proposer des vols directs plus confortables pour les passagers. La dernière en date est celle nouée en Inde avec Jet Airways. Un nouveau partenariat fort pour le groupe franco-néerlandais après ceux déjà signés en Asie avec Vietnam Airlines, China Eastern et China Southern Airlines ou encore Air Mauritius. D’autres accords pourraient être conclus avec Kenya Airways en Afrique orientale et GOL au Brésil.

Le modèle de la joint venture (JV), ou coentreprise dont la référence est celle conclue avec Delta, est commercialement beaucoup plus intéressant qu’un simple partage de codes, c’est-à-dire le fait pour une compagnie de réserver des sièges sur une autre pour transporter ses passagers. La formule permet de combiner les tarifs (pas toujours à l’avantage du client), de partager les risques commerciaux d’une ligne, d’en maximiser la rentabilité et de bénéficier de la puissance de feu de chaque partenaire sur son marché d’origine. Au final, chaque compagnie consolide et enrichit ses réseaux respectifs sans investissements faramineux en matière de flottes d’avions ou en escales. Ainsi, l’accord avec l’indienne Jet Airways permet à Air France-KLM de proposer, au départ de Roissy-CDG et d’Amsterdam, 65 vols hebdomadaires mettant en correspondance 106 villes européennes avec 46 destinations indiennes.

Mais la menace ne vient pas que des compagnies du Golfe. La concurrence de Lufthansa, leader européen vers l’Inde avec dix vols quotidiens, dont un en A380, est sévère. Pour Air France-KLM, il est temps de prendre position : l’Inde devrait devenir en 2020 le troisième marché mondial avec 450 millions de passagers.

Le pari Joon

Dans le même temps, Air France revient à la croissance interne. Avec les vols long-courriers de sa nouvelle filiale à coûts réduits Joon, le groupe entend répondre à la politique tarifaire des compagnies du Golfe, mais aussi de Turkish Airlines, devenu acteur mondial majeur qu’on oublie souvent. Air France a déjà cédé à Joon la desserte de Téhéran, puis ce sera Le Caire et Le Cap l’été prochain. Fortaleza au Brésil et Mahé aux Seychelles ont aussi déjà été annoncées. En moyen-courrier, une activité qui démarre dès ce week-end, Joon cherche à contrer certaines compagnies low-cost tout en soignant le passager. S’il paye un peu plus cher, il voyage avec bagage et dispose d’une petite collation et d’un accès gratuit à bord depuis son smartphone à des programmes audio-vidéo. Joon reste parfois la dernière chance pour des lignes Air France déficitaires.

Cet hiver, Joon dessert Berlin, Barcelone, Lisbonne et Porto (puis l’été prochain Rome, Naples, Oslo, Istanbul). Parmi les pilotes volontaires pour ces premières, on trouve Philippe Evain, président du Syndicat national des pilotes de ligne Air France, qui n’avait pas toujours été favorable à Joon, mais aussi Gilles Laurent qui, pendant son mandat de trois ans de directeur général des opérations aériennes (patron des pilotes), avait réussi à améliorer le climat entre les pilotes et la direction.

L’arrivée de Level à Orly

C’est dans ce contexte qu’Air France, encore une fois dans le vert, va aborder la délicate période des négociations salariales. Les bénéfices satisfont les actionnaires et les marchés financiers et il est à nouveau possible pour la compagnie de négocier des prêts pour investir. De nouveaux avions plus économiques devraient alors remplacer les anciens, ce qui permettra d’augmenter l’activité et de dégager des bénéfices. Mais cette spirale vertueuse est fragile. Dans le cadre du plan Trust together qui prévoit une baisse de 1,5 % des coûts par an jusqu’en 2020, des hausses de salaire doivent s’accompagner de nouveaux gains de productivité si le transporteur veut rester compétitif.

Ce n’est pas le seul nuage dans le ciel d’Air France. L’été passé, French blue, la low-cost du groupe Dubreuil, a ravi, au bout de seulement deux mois d’activité, 17 % de parts de marché entre Paris et La Réunion. Air France a pu limiter la casse grâce au trafic globalement en hausse sur la ligne. Les dirigeants ne s’inquiètent guère de voir Level, la low-cost du groupe IAG (British Airways et Iberia), baser deux long-courriers à Orly pour desservir Montréal, New York et les Antilles (à partir de 99 euros le vol). « Ce ne sont que deux avions », tempère Jean-Marc Janaillac, patron d’Air France-KLM. Mais, à Orly, l’aéroport préféré des Parisiens, Air France n’est pas indéfiniment protégée par la pénurie de droits de trafic ou de slots de décollage et d’atterrissage. Level peut utiliser ceux de British Airways, d’Iberia, de Vueling et d’Openskies. De quoi construire un beau réseau concurrent.

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