Air France cherche pilotes désespérément

Mardi, Air France a reçu son cinquième Boeing 787 Dreamliner. Chacun de ces appareils mobilise une trentaine de pilotes, issus d’autres programmes de la compagnie et qui doivent être formés à cet avion. Or, jusqu’au copilote du moyen-courrier A320, la pénurie se fait sentir. « Désormais, Air France embauche 200 à 250 pilotes par an », indiquait Franck Terner, directeur général d’Air France, lors d’une réunion de l’Association des journalistes aéronautiques et de l’espace. Il a fallu relancer toute la filière de sélection et de formation, car le recrutement de pilotes n’était plus à l’ordre du jour à Air France depuis 2008. Désormais, les avions restent moins longtemps au sol, l’optimisation de leur exploitation a permis d’augmenter les heures de vol, mais cela demande également plus de pilotes. Ainsi, au bout d’un an de refonte des plannings, chaque moyen-courrier vole quarante minutes de plus par jour. La flotte d’Air France en compte 120. Ce sont donc 80 heures de vol de plus par jour à flotte constante, nécessitant une petite centaine de pilotes volant chacun 750 heures par an. Enfin, il faut également compenser les départs naturels à la retraite, malgré la possibilité d’arrêter de voler à 65 ans au lieu de 60.

Pour recruter – 750 embauches sont prévues à l’horizon 2020 –, Air France a trois possibilités. Un accord syndical de 2014 prévoit que les nouveaux pilotes proviennent pour un tiers d’élèves de l’École nationale de l’aviation civile (Enac) ou de la filière « ab initio », un tiers de pilotes travaillant dans d’autres compagnies, et enfin un tiers de pilotes issus de la filiale régionale HOP !, qui doit fusionner Airlinair, Britair et Regional. C’est là que le bât blesse, car le risque est évident de déshabiller Pierre pour habiller Paul : entre 100 et 140 pilotes de HOP ! sur un effectif de 850 doivent ainsi quitter la filiale en moins de deux ans.

HOP ! désorganisée

Le recrutement d’Air France chez HOP ! désorganise une filiale déjà confrontée à des problèmes de gouvernance. Actuellement, cinq avions sont cloués au sol faute de pilotes. Même en affrétant des appareils auprès d’autres compagnies, le réseau HOP ! connaît tous les jours retards et annulations. Et les règles syndicales interdisent de faire appel à des pilotes intérimaires, le temps d’en former d’autres pour prendre le relais. La situation est tellement tendue qu’un jeune pilote arrivé chez l’ex-Airlinair pour voler sur ATR, le plus petit avion de la filiale régionale, peut immédiatement postuler chez Air France avant même que la qualification payée par HOP ! ait été amortie. Il faut avouer que l’avenir proposé par celle-ci reste limité. Un accord national avec le SNPL, syndicat majoritaire à Air France, interdit aux pilotes de HOP ! de prendre les commandes d’appareils de plus de 110 sièges.

Comme l’Enac n’assure que 25 formations par an financées par l’État, Air France vient de lancer un appel d’offres pour relancer une filière « ab initio » de cadets, autrefois assurée par l’école de pilotage Amaury de la Grange. Ceux-ci, sélectionnés à bac scientifique + 2 et sans expérience dans l’aéronautique, sortent au bout de deux ans et demi avec la licence théorique de pilote de ligne et sont aptes à prendre les commandes d’un avion moyen-courrier. Créée par des anciens d’Air France, une telle école pourrait voir le jour sur l’ancienne base militaire de Creil, à un jet de pierres du siège de la compagnie nationale, de ses structures de formation et de ses simulateurs de vol. La source des pilotes militaires, généreuse à certaines époques, est actuellement tarie, car l’armée de l’air connaît aussi de fortes tensions et ne souhaite pas se séparer de ses pilotes.

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