ALPHA CONDE : sur un air de campagne

A quoi joue-t-on au RPG-arc-en-ciel avec toutes ces réceptions organisées pour le président Alpha Condé ? Pourquoi le président lui-même se laisse-t-il embarquer dans cette distrayante aventure ? Ce sont là quelques questions qu’il convient de poser au sujet de la promenade à laquelle le chef de l’Etat se livre à travers le pays. En effet, il nous revient qu’après Conakry et la Haute Guinée, il s’apprête à se faire recevoir par la région forestière et par le Fouta. En somme, il y a une campagne qui ne dit pas son nom. La question est alors à quelle fin ?
Deux réponses sont possibles. Une première serait que lui et certains des cadres de son administration s’évertuent à amuser la galerie pour détourner les Guinéens de problèmes de gouvernance qui minent son régime. Ainsi, ces fameuses réceptions à coups de milliards de francs guinéens ont lieu au moment où même l’électricité qui avait ébloui les électeurs à la veille du 11 octobre 2015, se fait de plus en plus rare. Par ailleurs, les scandales éclaboussent le régime jusqu’à son plus haut sommet.
Plus globalement, le malaise social est aujourd’hui illustré par la grève qui paralyse le système éducatif. Sans oublier l’épineuse question du chômage des jeunes, de beaucoup dans l’émigration clandestine à laquelle les Guinéens s’adonnent de plus en plus. Les grand-messes serviraient donc à empêcher un débat de fond autour de ces problèmes majeurs. Surtout qu’à la faveur des réceptions en question, on berne les citoyens en leur jetant le reliquat des ressources pillées de l’Etat.
L’autre raison qui pourrait justifier toute cette grande propagande aux relents démagogiques, c’est le fameux troisième mandat. Alpha Condé ne fait pas en effet mystère de son intention de faire sauter le verrou constitutionnel pour s’offrir un autre mandat au-delà de 2020. Mais lui et les faucons qui l’entourent ont cependant conscience que la tâche ne sera pas aisée, vu que l’idée est particulièrement désapprouvée par les Guinéens. Dans un tel contexte, que le président, profitant de sa récente désignation à la tête de l’UA, prenne d’assaut le pays, s’apparente à une opération de charme destinée à le réconcilier avec les Guinéens. On espère qu’en rétrécissant le fossé entre le président et le peuple, on pourrait réduire l’hostilité vis-à-vis du troisième mandat.
Mais c’est là un pari risqué dans la mesure où la démarche étant accompagnée d’une saignée financière, pourrait davantage mettre le peuple en porte-à-faux avec le régime. Surtout que les maigres ressources ainsi dilapidées sont fruit d’un sacrifice particulièrement douloureux du populo.
Anna Diakité, www.kababachir.com     
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