Après la présidentielle en Guinée, la tension monte

Ce dimanche, les Guinéens élisaient leur président. Un scrutin qui s’est déroulé dans le calme, mais que l’opposition refuse de reconnaître, parlant de « fraude massive ». L’ONU et la communauté internationale ont appelé au calme, dans ce pays au bord de l’implosion.

Dimanche, l’élection s’est déroulée dans le calme et de nombreux Guinéens sont allés voter. Les premiers résultats de l’élection ne sont pas encore tombés. En effet, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) dispose légalement de 72 heures après réception du dernier procès verbal des quelque 14.000 bureaux de vote pour annoncer les chiffres provisoires.

Quelle est la situation sur place ?

Même sans chiffres officiels, le président sortant, Alpha Condé, vise sa réélection dès le premier tour. Pour ses opposants, cela est impossible sans fraude massive. C’est la raison pour laquelle ils ont déclaré contester les résultats, avant même leur publication.

Craignant des violences à la proclamation des résultats, la communauté internationale a appelé les opposants à régler leurs querelles en justice plutôt que dans la rue. Car depuis plusieurs mois, les manifestations d’opposition se soldent par des dizaines de blessés et des morts.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a pressé les forces politiques de « s’abstenir de toute déclaration qui pourrait mener à des violences » et de « résoudre tout différend qui pourrait survenir de façon pacifique et à travers les procédures légales établies ».

Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne pour le scrutin, le Luxembourgeois Frank Engel, a plaidé pour « transférer le terrain des conflits qui peuvent avoir lieu en Guinée devant les juges au lieu de les faire vivre dans la rue ».

Puis, il a fustigé « l’impréparation », voire « la désorganisation totale » de la Céni, à laquelle il a imputé les multiples problèmes matériels et d’organisation le jour du vote.

Mais « ce que j’ai vu n’entache pas la validité du scrutin », a souligné Franck Engel. Il s’est aussi félicité de la forte participation (estimée à plus de 60%) et de l’absence de violences le jour du vote, même si de nombreux morts ont été recensés dans les jours précédent le scrutin.

Qui est le président sortant Alpha Condé ?

Ancien opposant qui a connu la prison, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, dirigée jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

À 77 ans, le président sortant de la Guinée, Alpha Condé, affiche une confiance sans faille. Il est persuadé d’être réélu dès le premier tour. Son slogan de campagne? « Un coup KO ». Élu en 2010 pour cinq ans, le bilan présidentiel d’Alpha Condé est mitigé. Ses détracteurs l’accusent de mauvaise gestion, notamment lors de l’épidémie d’Ebola qui s’est déclarée en décembre 2013, d’autoritarisme et d’attiser les tensions ethniques, particulièrement envers les Peuls, un des plus grands peuples d’Afrique. Ils sont plus de 20 millions, anciens éleveurs nomades islamisés qui parlent la même langue, partagent la même culture, avec des accents et des expressions différentes en fonction des régions.

De son côté, le président Condé met en avant son bilan : réforme de l’armée et de la justice, achèvement du barrage hydro-électrique de Kaléta, transparence sur l’attribution aux sociétés minières des contrats d’exploitation des précieuses ressources du pays.

Et les autres candidats ?

Parmi les sept autres candidats qui se sont présentés à la présidentielle, un seul peu concurrencer vraiment Alpha Condé : Cellou Dalein Diallo.

Chef de file de l’opposition, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), cette figure de la vie politique guinéenne avait été sur le point de gagner la présidentielle de 2010. Il était arrivé en tête du premier tour avec 43% des voix, mais avait été battu par Alpha Condé au deuxième tour.

Cette fois-ci, il espère donc remporter le scrutin grâce aux déçus et aux oubliés de la présidence Condé.

Pays riche en matières premières, affaibli par Ebola

La Guinée est un pays d’Afrique de l’Ouest, qui a été très touché par l’épidémie Ebola. Ce virus a tué plus de 2.000 personnes dans le pays. Le secteur de la santé et son économie ont été considérablement affaiblis. Selon la Banque mondiale, son taux de croissance est passé de + 4,5 % à + 0,5 %, en 2014.

Pourtant, la Guinée ne manque pas de ressources. Ses sols sont riches en matières premières (or, diamants, bauxite, nickel, fer, manganèse, zinc, cobalt,  uranium). Mais ces richesses minières restent mal-exploitées. Le pays est classé 179e sur 187, dans le Rapport sur le Développement Humain de 2014, réalisé par les Nation unies.

Les deux précédents scrutins, la présidentielle de 2010 et les législatives de 2013, ont été entachés par des violences et des accusations de fraude.

Article de Elodie Hervé (Twitter : @elodie_herve ) / Crédit photo : Cellou Binani / AFP (Une femme vote, dimanche en Guinée)

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