Au Bangladesh, le pape François cite les rohingyas et leur demande pardon

Après sa prudence verbale durant son séjour en Birmanie, le pape François a demandé vendredi depuis le Bangladesh « pardon » aux réfugiés « rohingyas », après avoir écouté avec gravité les récits de seize d’entre eux. C’est la première fois qu’il prononçait le nom cette communauté contrainte de fuir la Birmanie pour le Bangladesh depuis le début de son voyage en Asie.

Le souverain pontife a donc attendu d’être à Dacca pour réutiliser le mot « Rohingya », communément utilisé par la communauté internationale et martelé depuis la place Saint-Pierre de Rome, mais taboue en Birmanie. « Votre tragédie est très dure, très grande, mais a une place dans notre coeur », a souligné publiquement le pape. « Au nom de tous ceux qui vous ont persécutés, qui vous ont fait du mal, en particulier dans l’indifférence du monde, je vous demande pardon! », a-t-il lancé.

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« Ces frères et soeurs portent en eux le sel de Dieu », a souligné le pape. « Ne fermons pas nos coeurs, ne regardons pas dans l’autre direction. La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a-t-il enfin dit.

L’exode de cette minorité musulmane a constitué le fil rouge du voyage du pape François en Asie, entamé lundi en Birmanie et qui s’achève samedi après-midi au Bangladesh.

A l’issue d’une rencontre interreligieuse à Dacca, une délégation de réfugiés rohingyas, dont des femmes et des enfants, a formé une petite file pour s’entretenir à tour de rôle avec le souverain pontife. Celui-ci les a écoutés en hochant de la tête, avec tristesse.

François a tenu leurs mains en signe de soutien, posé sa paume sur la tête d’une fillette, à leur écoute par le truchement d’un interprète sans prendre la parole immédiatement.

Mohammad Ayub, 32 ans, a raconté à l’AFP que son fils de trois ans avait été tué au cours des violences dans l’Etat Rakhine en Birmanie.

Le pape François n’a jamais mâché ses mots depuis le Vatican sur le sort des Rohingyas, y compris en amont de la marée humaine de plus de 620.000 réfugiés qui a afflué au Bangladesh ces trois derniers mois. Un exode forcé qualifié « d’épuration ethnique » par l’ONU et par Washington.

En Birmanie pendant quatre jours, il avait appelé les bouddhistes birmans « à dépasser toutes les formes d’intolérance, de préjugé et de haine » en évitant toutefois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Dans ce pays, la xénophobie et la haine des musulmans gagnent du terrain et une grande majorité des habitants considèrent les Rohingyas, qu’ils nomment « Bangladais », comme des immigrés illégaux qui ne font pas partie du pays.

Au premier jour de son arrivée à Dacca jeudi, en provenance de Rangoun, le pape avait demandé à la communauté internationale des »mesures décisives » pour régler cette crise humanitaire, dont une aide d’urgence au Bangladesh. Le grand imam du Bangladesh, Farid Uddin Masud, a salué vendredi le « grand soutien » du pape aux Rohingyas.

Une incursion dans l’immense camp abritant au total 900.000 réfugiés Rohingyas dans le sud du Bangladesh n’est toutefois pas à l’ordre du jour du voyage papal. Dans la matinée, François avait été acclamé au cours d’une messe en plein air, dans une ambiance simple et festive, par 100.000 croyants de la minuscule minorité catholique du Bangladesh (375000 âmes), très inquiète face à une montée de l’extrémisme islamique.

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