BRAS DE FER SOCIAL : Que de concessions !

Pour le gouvernement Mamady Youla et à un niveau plus élevé, pour le chef de l’Etat lui-même, le temps est à la flexibilité, après celui de la fermeté. De presque partout, réalisant subitement les risques qu’une fronde sociale pourrait représenter pour ses propres fondements, le pouvoir fait des reculades. Quitte à fâcher les partenaires du FMI et de la Banque mondiale. Ce qui, en fin de compte, en termes de risque, pourrait être du pareil au même.

Se dégonflant comme un ballon de baudruche, l’Etat est ainsi récemment revenu sur la pose des compteurs prépayés. Les usagers de Kaloum s’élévant contre la facture trop salée à leurs yeux, le gouvernement n’a pas trop longtemps soutenu le bras de fer. Très vite, Cheick Taliby Sylla avait été dépêché en sapeur-pompier à Sandervalia. L’équipe de Véolia en charge du redressement d’EDG apprendra ainsi à ses dépens qu’en Guinée, les réformes passent plutôt mal.

Mais bien avant, il y avait la marche-arrière à propos des coupes opérées sur les salaires des fonctionnaires (mois de janvier), au titre de l’alimentation de la Caisse de la Prévoyance sociale. La nouvelle se distillant insidieusement dans le milieu des fonctionnaires, la protestation, elle aussi, s’est faite en douce. Mais elle aura été terriblement efficace. Parce que très tôt, le gouvernement, là aussi, avait sorti un communiqué pour annoncer que les montants prélevés seraient remis en place au titre du mois de février.

Ensuite, la menace de grève générale se précisant, le président de la République qui semblait pourtant avoir fermé la porte à tout débat sur la question, profite du dernier conseil des ministres pour recommander que les négociations sociales puissent se poursuivre. Dans un tel contexte, il ne serait pas surprenant que l’on assiste très prochainement à une baisse des prix du carburant à la pompe. Peut-être bien que l’ampleur ne sera pas celle espérée par le mouvement syndical. Par contre, la réduction en tant que telle, semble de plus en plus inéluctable.

Enfin, par rapport à la hausse de la TVA, des négociations ardues sont actuellement en cours entre le gouvernement et les branches du commerce (farine et huiles alimentaires) les plus touchées par la mesure. L’idée est d’explorer une piste en vue de l’instauration d’un moratoire permettant de différer l’application à une période plus favorable, d’un point de vue social. Car de ce côté aussi, les opérateurs économiques mettent l’Etat en garde contre la gronde et des complaintes qui risquent d’éclater dans les ménages.

Comme on le voit donc, sur toutes les principales réformes qu’elles voudraient démarrer en ce début d’année, les autorités pourraient être amenées à reculer pour satisfaire à la clameur sociale. Sauf que la Guinée pourrait bien payer une telle complaisance dans ses rapports avec les institutions de Breton Woods. Car ces dernières exigent du pays des conditions plutôt strictes dans le cadre l’appui qu’il bénéficie d’elles au titre du Fonds élargi de crédit (FEC). En particulier, elles intiment à l’Etat de rembourser les dettes colossales qu’il doit à la BCRG. Ce qui nécessite une augmentation sensible des recettes publiques.

Anna Diakité, www.kababachir.com

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