Cas Robert Mugabe : Ouattara et Condé divisés

Qu’il parle au nom de l’Union africaine ou au nom de la Guinée, Alpha Condé a clairement condamné le coup de force perpétré contre Robert Mugabe, 93 ans et candidat à sa propre succession en 2018.

Quoi de plus normal si le patriarche nonagénaire avancé n’avait pas fait plus de 37 ans au pouvoir, faisant de lui le chef d’Etat le plus vieux au monde ! Certainement, par solidarité d’âge – entre lui et Condé, le Guinéen, l’écart n’est pas trop grand – Alpha Condé devrait pouvoir défendre le futur ex homme fort d’Harare. Alpha Condé veut retour à l’ordre constitutionnel, comme c’est souvent le cas en pareille circonstance. Du diplomatiquement incorrect qui agace le président ivoirien.

Pour Alassane Ouattara, Mugabe doit s’effacer pour donner la latitude aux autres, plus jeunes de gouverner. ADO invite son homologue, après de loyaux services rendus à la nation, de reposer : « Il faut que le président Mugabe quitte ses fonctions dans la dignité. Qu’il cède le pouvoir à la nouvelle génération… »

De quoi diviser Conakry et Abidjan ou Yamoussoukro. Cette friction contenue s’explique par le fait que le Guinéen entretient encore le flou sur sa réelle volonté d’opérer un coup de force contre la Constitution guinéenne et avoir la latitude de briguer un 3è mandat. Pour y parvenir, il se camoufle derrière le fameux ‘’le peuple décidera’’. Yamoussoukro n’est pas Conakry. Là-bas, c’est officiel, le Président ivoirien Alassane Ouattara raccrochera en 2020 et quittera le palais présidentiel, après avoir eu le sentiment d’avoir, entre autres, bien « renforcé la présence de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale et améliorer fondamentalement la gouvernance du pays. » C’est ADO lui-même qui fait l’annonce, le 4 janvier 2017, à l’occasion de la présentation de ses vœux de nouvel an à l’ensemble du corps diplomatique accrédités dans son pays.

Par cette sortie ponctuée de standing ovations qui vise à revigorer les Institutions républicaines de la Côte d’Ivoire, le président ivoirien prouve que Yamoussoukro n’est pas Conakry. Un 3è mandat là-bas est manifestement un crime de lèse-majesté. Une violation flagrante de la Constitution, un parjure, etc. En Côte d’Ivoire, le sable dans l’Atiéké ne donne jamais le goût prononcé d’une addition. Fut-elle l’œuvre du RHDP, coalition du RDR de Dramane Ouattara et du PDCI de Bédié.

La succession douce se dessine déjà avec la création du poste de vice-président donnant ainsi à l’Exécutif, trois têtes : le président, le vice-président et le Premier ministre. Désormais, là-bas, à s’y méprendre, ni le président du Parlement, si celui du Sénat ne pourront succéder au Président sortant.

Pendant ce temps à Conakry, les « sirènes révisionnistes » se font entendre par intermittence. Ces sirènes doivent comprendre à leurs dépens et avec Charles de Gaulle que : « Dans chaque Constitution, il y a la lettre et il y a l’esprit. C’est évidemment l’esprit qui est importante ». En défendant aujourd’hui la cause perdue de Mugabe, Alpha Condé se révèle être préoccupé, pas pour ce pays africain, mais pour lui-même. Lui qui est tenté, entêté. Il reste que le cas Mugabe dissuade bien des présidents y compris celui de la Guinée Conakry.

Jeanne Fofana, Kababachir.com

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