Ces petits malins qui profitent du filon bitcoin

On les appelle les « mineurs » du bitcoin. Les particuliers ou les entreprises qui mettent à disposition une partie de la mémoire de leurs ordinateurs ou de leurs serveurs pour tenir le registre de la blockchain, le « grand livre » qui recense l’intégralité des transactions réalisées dans cette monnaie virtuelle, sont rémunérés dans cette crypto-monnaie. Compte tenu de l’appréciation vertigineuse de son cours, certains sont ainsi parvenus à réunir une petite fortune ces cinq dernières années.

Hier réservée à une poignée de « geeks », cette activité, surnommée « bitcoin-mining » par les spécialistes, nécessite aujourd’hui des machines d’autant plus importantes que le nombre de transactions réalisées par jour avoisine les 400 000. Ce volume devrait continuer d’augmenter à mesure que cette monnaie s’appréciera. Le « mining » requiert une telle puissance de calcul qu’il est aujourd’hui l’apanage de sociétés chinoises qui ont investi dans des datacenters dédiés. « Ce job n’est rentable que là où le cours de l’électricité est bas », explique Mikko Hyppönen, directeur recherche et développement (chief research officer-CRO) de F-Secure.

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Mineurs pirates

Une poignée de hackers continue néanmoins de profiter de cette manne grâce aux réseaux de machines dont ils ont pu prendre le contrôle à l’insu de leurs propriétaires. Le système est simple : il consiste à utiliser le navigateur d’un ordinateur tiers pour « miner » en sous-marin de la monnaie virtuelle. Des centaines de « fermes », constituées parfois de milliers de botnets (ou ordinateurs-zombies), tournent ainsi au quotidien dans la plus grande discrétion. Les pirates informatiques appellent cette activité le « crypto-jacking ». « Certains petits malins ont ainsi amassé des dizaines de millions d’euros », affirme Mikko Hyppönen.

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La grande peur des botnets

Ce fléau touche surtout les États-Unis et concerne bien plus que le simple bitcoin. Toutes les crypto-monnaies (il en existe plus de 1 300 à ce jour) reposent sur la même logique de « mining » pour rémunérer celles et ceux qui concourent à la préservation de leur « grand livre » (surnommé « ledger » en anglais). Mais le phénomène s’étend aujourd’hui au monde entier.

L’entreprise de cybersécurité ESET a identifié, le 2 octobre 2017, un groupe de cybercriminels qui exploitait, dans l’est de l’Europe, depuis mai 2017, une vulnérabilité de Windows Server 2003 qui leur permettait d’installer un procédé de minage de crypto-monnaie sur certaines machines sans leurs propriétaires s’en rendent compte. « Le gain de l’opération aurait avoisiné les 63 000 dollars », estime Benoît Grunemwald, qui représente le groupe slovaque en France.

Plusieurs réseaux de machines-zombies (ou botnets) ont récemment été repérés et démantelés par la police à travers l’Europe. L’un d’entre eux réunissait 5 000 PC et réalisait un chiffre d’affaires dépassant les 30 000 dollars par mois. « Il aurait été actif pendant sept mois, ce qui représente un revenu de plus de 200 000 dollars sur la période », confie une source. La société Check Point a, quant à elle, identifié deux autres « extracteurs » de crypto-monnaie.

Le minage pour remplacer la pub

Ces activités devraient continuer à se multiplier dans les mois qui viennent, à mesure que la valeur du bitcoin mais aussi des autres crypto-monnaies augmentera. En une seule journée, fin 2017, la société Malwarebytes a bloqué 11 millions de connexions à des sites permettant le crypto-jacking. « Ce qui rend cette activité intéressante est le flou juridique qui l’entoure. En effet (…), on peut tout à fait imaginer qu’elle vienne remplacer la réclame online traditionnelle et permette aux éditeurs de sites Web de créer une nouvelle source de revenus », énonce Marcin Kleczynski, le PDG de cette entreprise californienne.

Certains médias réfléchissent ainsi à proposer à leurs lecteurs de substituer aux bandeaux publicitaires, qui entourent leurs articles, un dispositif de « mining » qui permettrait de générer pour l’éditeur du site un revenu supérieur à celui de la publicité. C’est ce qu’a annoncé, notamment, le groupe StreetPress, le 15 novembre dernier. « (Le mining) rapporte quelques millièmes de centime d’euro par minute. Mais, si tous les lecteurs de StreetPress se donnent la main et commencent à miner, on va voir ce que cela donne », explique Johan Weisz, PDG du groupe.

Au fur et à mesure que le cours du bitcoin s’envole, le nombre de transaction augmente (et inversement). La tenue du registre de la blockchain nécessite de plus en plus d’ordinateurs… © Blockchain.info
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