Chape de plomb sur les radios privées : faut-il prendre la menace du Président au sérieux ?

Depuis que le président de la République a menacé ce samedi, de fermeture toutes les radios qui vont relayer les messages du syndicaliste Aboubacar Soumah, le camarade à l’origine de la grève qui paralyse tout le pays, c’est la vive levée de boucliers. Tant du côté des défenseurs des droits de l’homme que des associations de presse, ainsi que l’ensemble de la corporation des journalistes guinéens et étrangers.

Mais, faut-il vraiment prendre très au sérieux cette menace du chef de l’Etat qui n’en est pas à sa première menace en Guinée ? Que n’a-t-il pas dit à l’endroit de ses opposants à propos de la restauration du patrimoine de l’Etat ? Quelle menace n’avait-il pas brandi dans la publication des fameux résultats des audits ? Alpha Condé doit savoir comme Salman Rushdie qu’il n y a pas de liberté d’expression sans liberté d’offenser. Et mieux,  Baruch Spinoza ajoutera : “Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes.”

De toute évidence, la menace d’Alpha Condé est aujourd’hui une preuve éloquente que, contrairement à ce qu’il déclarait, avec mépris, il écoute bien les radios, lit les journaux et suit la télévision. C’est pourquoi il fulmine : « Il y a des radios qui diffusent (…) or quand quelqu’un aide la rébellion, il est complice. Je viens d’informer lors de la réunion qui s’est tenue que désormais toute radio qui diffusera le communiqué de Soumah Aboubacar (secrétaire général adjoint du SLECG, ndlr) sera fermée parce qu’elle sera complice de la rébellion. Nous nous voulons plus qu’il y a l’anarchie en Guinée. »

Y a-t-il vraiment plus anarchiste qu’un leader politique revendiquant plus de 40 ans de lutte pour la démocratie et qui menace de fermer des radios, baromètres de la bonne santé démocratique ? De qui se moque-t-on ?

 

Jeanne Fofana, Kababachir.com

 

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