Cogestion de l’Etat guinéen : le deal biscornu entre Condé et Kouchner !

On en sait un peu plus sur la présence remarquée et pour le moins agaçante de Bernard Kouchner aux côtés d’Alpha Condé, président guinéen. Si l’ex-ministre des Affaires étrangères de Sarkozy n’a jamais voulu ou plutôt osé ramer sous les cameras et projecteurs au Quai d’Orsay avec Alpha Condé, au nom d’une prétendue amitié, le vieil ami devenu président de la République, quant à lui, présente ce ‘’frère jumeau’’ bien connu de la défunte junte, comme un co-gestionnaire désigné de l’Etat guinéen. Ainsi va désormais la Guinée qui se trouve être dirigée par un ‘’opposant historique’’ revendiquant, on peut le rappeler, plus de 40 ans de lutte pour la démocratie. Une démocratie, qui à son entendement, s’exerce avec coquins et copains. Quitte à se faire harakiri.  

 

[dropcap color= »#dd3333″ font= »0″]U[/dropcap]ne immixtion dans cette scandaleuse nébuleuse pour le moins dommageable pour la nation et la République toute entière nous a conduits à conclure tout de suite : une sorte de deal non dissimulé existe de fait entre Alpha Condé et Bernard Kouchner. L’un a en effet joué un grand rôle dans l’élection du second, lors de la présidentielle de 2010. Et mieux, il en est pour beaucoup – même s’il ne veut pas du tout en entendre parler –  dans le monopole qu’engrange actuellement et de la façon la plus inexorable, le très pleure-misère des ports africains, Vincent Bolloré. L’autre vieil ami du président. Ou pour dire tout net, des présidents. Entre Alpha Condé et Bernard Kouchner c’est donc une histoire de connivence. Celle-ci date de plus de quatre décennies, à Paris, sur les bancs du Lycée Turgot.

Depuis, témoigne-t-on, entre les deux hommes, c’est l’harmonie. Une harmonie qui irrite pour autant certains Guinéens. Sûr donc de la solidité de ce tandem, le 21 décembre dernier, lors de l’investiture du nouveau chef de l’Etat, l’ancien ministre des Affaires étrangères fut d’ailleurs accueilli en héros sur la tribune du Palais du peuple, devant des dizaines de chefs d’Etats et de représentants de pays amis : c’est mon frère jumeau, lançait Alpha Condé, en étreinte avec l’ex-French doctor. Des signes qui ne trompent point.

L’ex-ministre français des AE a fait aujourd’hui installer une structure sanitaire qui porte d’ailleurs son nom en plein cœur de Kaloum. L’homme, rapporte la presse occidentale, a au moins autant le sens des affaires que celui de l’amitié. « Ici, soupire un témoin privilégié, il fait surtout du business. Et son activisme en la matière, plutôt malsain, parasite l’écran-radar diplomatique. » Lors de ses fréquents séjours guinéens, le copain d’Alpha est ainsi hébergé par la SDV, filiale locale de Bolloré. C’est ce que dément sans cesse Bernard Kouchner lui-même en juin 2011.

Extrait du démenti : « Dans votre article intitulé « Kouchner le Guinéen », paru dans votre édition de L’Express du 1er juin 2011 (n° 3126), vous me mettez en cause en indiquant qu’un témoin privilégié », que vous ne citez pas, indique que je « fais surtout du business » en Guinée et que, par ailleurs, lorsque je m’y rends, je suis hébergé par une société « SDV, filiale locale de Bolloré ». Je démens formellement ces allégations mensongères et diffamatoires. Je n’ai aucune activité professionnelle ou intérêts commerciaux en Guinée. Le but de mes voyages est purement humanitaire. Par ailleurs, lors de mes déplacements pour m’assurer de la bonne réalisation de ce projet, je réside toujours à l’Hôtel de Conakry. » Ce démenti de Kouchner n’occulte pour autant point la position de Bernard Kouchner lors de la présidentielle de 2010 en Guinée. A priori, les grandes puissances affichent toujours leurs mines en déclarant que : ‘’Nous n’avons pas de candidat’’.

Et pourtant, si Sarkozy était foncièrement pris pour pro Dalein par certains, Alpha Condé lui, bien qu’étant un français par ailleurs, était plutôt pris à l’Elysée pour un homme du passé, au tempérament autoritaire. Mais l’opposant historique – pour faire du politiquement correct – pouvait compter, sur un fervent allié. Ce « vieil ami » de Bernard Kouchner, ministre – sursitaire – des Affaires étrangères avait même reçu Alpha Condé le 1er septembre, avant la joute. Cette énième divergence entre le Château et le patron en titre du Quai d’Orsay a d’ailleurs donné lieu, selon La Lettre du Continent, à un échange aigre-doux lors d’un Conseil des ministres en août 2010. Kouchner ayant suggéré de « ne pas se fier aux résultats du premier tour », le chef de l’Etat lui aurait objecté, chiffres à l’appui, que jamais son poulain ne pourrait combler un handicap de 26 points. Avant de conclure, un rien goguenard: « Il faut t’acheter une calculette, Bernard’’.

Cette boutade entre les deux hommes français en dit donc long sur les positions tranchées de Paris par rapport à la présidentielle passée en Guinée. Comme quoi entre Kouchner et Alpha, c’est une histoire de deal, d’amis, de ‘’coquins’’. C’est tellement ancré que les deux hommes co gouvernent la Guinée. Du moins, c’est l’idée distillée ou du moins, la plus partagée en Guinée depuis l’apparition des deux frères jumeaux au petit écran guinéen. Cette situation a provoqué une vive levée de boucliers tant au niveau de l’UFR qu’au niveau de l’UFDG.

Pour Sydia Touré, la République n’est pas une affaire de copinage ! « C’est une image choquante et humiliante que le Pr Alpha Condé a montrée aux Guinéens, lors d’une de ses rencontres solennelles avec la presse à Sekhoutoureya sur la situation d’Ebola. Bernard Kouchner, ancien haut fonctionnaire français à la retraite forcée, le faux frère jumeau d’Alpha Condé assis à sa droite au présidium, les membres du gouvernement tous tenus loin de ce lieu privilégié. De l’avis de l’UFR, « Kouchner au crépuscule de sa vie, voit en la Guinée une opportunité exceptionnelle de faire enfin fortune, en se faisant passer pour un conseiller occulte, spécialisé dans des placements de fonds à l’étranger. C’est faire revivre une pratique rétrograde qui a appartenu à la France-Afrique et qui est totalement révolue. » De son côté, Dalein lui déplore le fait qu’à chaque fois, Bernard Kouchner critique l’opposition. Rien de plus !

Ces sorties ne semblent point émouvoir les deux larrons en foire qui jouissent aujourd’hui de leur époque. Ça embarrasse… Mais, la Guinée fait souvent exception dans le mauvais sens. Et chacun s’y accommode. En désespoir de cause, par ignorance, par complaisance ou par mépris. Pauvres de nous !

 Jeanne FOFANA, Kabanews

  1. abdoulayebah dit

    Décidément Kabachir est riche en journalistes femmes de valeur. Mais, j’ai l’impression que dans cette phrase il y a quelque chose qui cloche.

    « …le 21 décembre dernier, lors de l’investiture du nouveau chef de l’Etat, l’ancien ministre des Affaires étrangères… »

    Cela n’enlève rien à la qualité de cet article, mais ce serait bien de la revoir, à moins que ce ne soit moi qui suis dans l’erreur. Dans lequel cas, je m’en excuse!

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