Condé en soins médicaux : quelle conséquence politique ?

En accordant aujourd’hui à Alpha Condé la possibilité de rallier le pays de son choix afin de poursuivre ses soins médicaux provoque une vive levée de boucliers, au niveau de la classe politique guinéenne.

Il y a quelques jours en effet, on évoquait une sorte de lobby devant être traduite par ce qui est convenu d’appeler ‘’Echappée belle’’, car ces deux termes s’adaptent bien à la situation déconcertante où le vieil homme pourrait bien opérer une escapade, une réelle virée dans un endroit agréable, afin de tenter d’éviter de justesse le danger qui le guette désormais.

Jusqu’à une date récente, l’ancien président est tenu de « résider à l’actuelle résidence de son épouse jusqu’à l’achèvement des travaux de reconstruction de son domicile privé » et continuera de « bénéficier d’une protection adéquate », mais, rien ne semble rassurer les victimes des déviations du régime défunt. Et c’est pour justement tenter de faciliter l’échappée belle que le RPG dans un communiqué relatif à la rencontre à huis clos a fait mention de la « nécessité pour le président de poursuivre ses soins médicaux conformément aux recommandations des médecins ». Une manœuvre dilatoire, selon un éditorialiste guinéen, « pour freiner sans doute la machine judiciaire », avant de s’interroger : Jusqu’à quand ce jeu de dupes va-t-il encore durer ?

Le débat est davantage ouvert, avec l’annonce par la junte du départ de Condé pour d’autres cieux, même avec l’ouverture judiciaire intentée contre le leader de l’ancien parti présidentiel. La junte fait coïncider ce départ à la chienlit qui prévaut, se traduisant par une concertation franche entre el RPG et l’UFDG, les deux formations politiques qui peuvent bien donner du tournis au CNRD. Pour ainsi procéder à une opération dite de déminage, les autorités de la transition ont cru bon de contenter une partie du duo en vue de d’affaiblir l’autre partie au moment même où les choses serieuses commencent déjà à prendre corps : les manifestations politiques déjà interdites, mais qui risquent de créer un semblant de chaos.

En voyant donc leur leader s’évader, le RPG dont la demande n’a jamais varié depuis la rencontre qu’il y a eu avec Alpha Condé pourrait ajouter de l’eau dans son vin. On se rappelle en effet ce que Saloum Cissé disait : « Depuis qu’on l’a envoyé chez sa femme, je l’ai rencontré une seule fois et on a fait que 50 minutes ensemble. Je lui ai demandé si sa santé, ça va, il a dit ça va mais j’ai besoin de soin. Depuis, je n’ai aucune nouvelle de lui et je ne peux ni confirmer ni infirmer la nouvelle. Vu son âge, parce qu’il est âgé de 84 ans, il mérite un suivi rationnel. Alors j’invite les nouvelles autorités à se mettre à sa place pour que vraiment nous puissions avoir un ancien président qui est en bonne santé », a plaidé Saloum Cissé dans la presse locale.

Aujourd’hui, le plaidoyer du RPG est tombé dans de bonnes oreilles, avec un fin calcul politicien : dégrafer le duo avec l’UFDG et donc déminer la crise. Peu suffisant tout de même !

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.