Consigny – Apple : à quand la révolution sociale ?

Le journal Le Monde nous apprend que chez le principal sous-traitant d’Apple en Chine, Foxconn, des stagiaires de 16 ans travaillent jusqu’à 60 heures par semaine sur les chaînes de fabrication de l’iPhone X. Les faits, révélés par le Financial Times, ont conduit à une réaction a minima de la firme américaine, qui a indiqué que le statut de ces étudiants aurait dû les dispenser d’heures supplémentaires.

Il apparaît toutefois que la situation a tendance à se répéter, que les travaux que réalisent ces employés temporaires sont sans rapport avec leurs études et surtout qu’ils se trouvent contraints de réaliser ces « stages » sous peine de ne pas se voir délivrer leur diplôme. Il s’agit donc d’un retour à une forme de travail forcé au bénéfice d’une entreprise censée être l’une des plus modernes au monde. 
De par sa taille, sa richesse, son importance dans la vie quotidienne de millions de personnes, Apple ne peut pas fonctionner avec le même cynisme que n’importe quelle entreprise. Sa responsabilité est plus importante, son devoir d’exemplarité est plus important.

Être à l’avant-garde

Après la révolution technologique que représente le smartphone, dont l’iPhone est évidemment la tête de pont, Apple doit être à l’avant-garde d’une révolution sociale. Apple a accumulé à ce jour plus de 250 milliards de dollars de trésorerie, ce qui en fait l’une des entreprises les plus riches du monde, loin devant de très nombreux États. Qu’est-ce qui l’empêche de faire fabriquer ses produits dans des conditions correctes, par des ouvriers bien payés, bien reposés, respectés ? L’image des « filets anti-suicide », installés par ce sous-traitant, Foxconn, autour de ses bâtiments parce que trop d’ouvriers se jetaient du haut des immeubles, ne peut que révolter.


Rien n’empêche les autorités françaises et européennes de mettre en place des droits de douane plus importants ou d’élaborer des labels permettant aux consommateurs de prendre leurs responsabilités

Si la responsabilité principale de la fabrication de ses produits pèse indiscutablement sur Apple, l’inertie des États n’en est pas moins coupable. Les autorités chinoises sont, elles, carrément complices, puisqu’elles incitent les écoles en question à envoyer leurs étudiants dans ces usines. Mais rien n’empêche les autorités françaises et européennes de mettre en place des droits de douane plus importants sur les produits fabriqués dans des conditions inacceptables, ou d’élaborer des labels permettant aux consommateurs de prendre leurs responsabilités. Emmanuel Macron aurait là une bonne occasion de prouver qu’il est vraiment moderne, vraiment fort sur les scènes européenne et internationale, et qu’il y a vraiment un « ancien » et un « nouveau » monde.

Il est ahurissant que nous ayons, alors que la mondialisation s’est intensifiée de manière exponentielle, si peu progressé sur ce principe tout simple, qui est que la dignité à laquelle tout homme a droit interdit son exploitation. Il n’est donc évidemment plus admissible que nous continuions à faire comme si de rien n’était quand est rétabli pour le compte d’une entreprise que chacun connaît et sous des prétextes qui ne trompent personne, le travail forcé, prohibé depuis des lustres par le droit international le plus élémentaire.

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