Coup de théâtre au Tribunal de La Haye : 3 questions sur le suicide d’un accusé

La mort ce mercredi 29 novembre, apparemment par empoisonnement volontaire, d’un criminel de guerre croate, en plein Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, a stupéfié. Le suicide de Slobodan Praljak, 72 ans, qui venait d’être condamné à 20 ans de prison et a avalé le contenu d’une fiole après avoir crié qu’il n’était pas un criminel, fait maintenant l’objet d’une enquête de la police néerlandaise.

Plusieurs questions se posent après ce suicide spectaculaire.

1. Est-ce le premier suicide au TPIY ?

C’est la première fois qu’un accusé se suicide pendant une audience au Tribunal pénal, mais c’est la troisième fois qu’un de ses détenus se tue. En mars 2006, l’ex-chef des Serbes de Croatie, Milan Babic, 50 ans, condamné à 13 ans de prison pour des exactions commises pendant la guerre de 1991-1995 en Croatie, s’était suicidé dans la prison du TPIY à La Haye.

Il avait été condamné à 13 ans de prison en juin 2004 (il s’était pendu dans sa cellule avec sa propre ceinture, a rapporté le « New York Times »).

Il s’agissait du second détenu du tribunal à mettre fin à ses jours, après un autre Serbe de Croatie, Slavko Dokmanovic, retrouvé pendu dans sa cellule en juin 1998, alors que son procès était en cours.

Prison internationale de La Haye : dans le palace des tueurs de masseDans un reportage dans « l’Obs » en avril 2016, Christophe Boltanski décrivait la vie dans le centre de détention de Scheveningen où sont emprisonnés les accusés et les condamnés du TPIY, abritant « la plus grande concentration de criminels de guerre depuis le procès de Nuremberg » :

« C’est un lieu unique au monde. En 21 ans d’existence, près de 200 personnes ont défilé dans ses cellules ripolinées. Au début, des petits exécuteurs, des tortionnaires, rejoints très vite par les grands prédateurs, des commandants, des généraux, des ministres, des présidents. »

2. Comment Praljak s’est-il procuré du poison ?

Si les analyses confirment que c’est bien le contenu de sa fiole qui a tué Praljak, cela met en cause la sécurité du Tribunal à plusieurs égards : comment a-t-il pu, bien qu’emprisonné, se procurer la substance mortelle ? Et comment a-t-il pu l’amener à l’audience sans qu’elle soit détectée lors d’une fouille ?

Sur le second point, le « Washington Post » cite « un avocat qui a fréquemment défendu des suspects » à La Haye, qui déclare qu’il serait facile d’emporter du poison en audience. L’avocat serbe Toma Fila déclare qu’il est « tout à fait possible » d’y emmener du poison, estimant que la sécurité est « comme celle d’un aéroport. Ils inspectent les objets métalliques, comme les ceintures, les pièces de monnaie, les chaussures, et enlèvent les téléphones portables ».

Mais « des pilules et des petites quantités de liquide » passeraient inaperçues, estime-t-il.

3. Y a-t-il des précédents historiques ?

Le suicide d’un auteur de crime de guerre ou de crime contre l’humanité après sa condamnation n’est pas une première : lors des procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale, un des principaux chefs nazis, Hermann Goering, échappa à la pendaison à laquelle il avait été condamné en se suicidant dans sa cellule avec une capsule de cyanure, le 15 octobre 1946.

En France, exactement un an plus tôt, l’ex-chef du gouvernement de Vichy Pierre Laval, condamné à mort pour haute trahison, tenta de se suicider le jour de son exécution, le 15 octobre 1945, en s’empoisonnant. Réanimé mais jugé intransportable, il fut emmené devant le peloton d’exécution dans la prison de Fresnes, où il fut fusillé.

Thierry Noisette

Thierry Noisette
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